Après la parution d’Octobre en 2015, Les Cowboys Fringants n’ont pas chômé avec une énorme tournée les amenant aux quatre coins du Québec et un peu partout en Europe, sans parler des événements spéciaux. Le vendredi 4 octobre, les fans du groupe pourront enfin entendre de nouvelles compositions. Les antipodes, tel un polaroid du monde actuel d’une société qui carbure aux extrêmes, bouleversée par des visions souvent complètement opposées.

Voici une entrevue réalisée avec JF Pauzé, Marie-Annick Lépine et Karl Tremblay quelques jours avant la parution du 10e album de chansons originales en carrière des Cowboys Fringants.

Avant de jaser de votre nouvel album, on va clore la boucle d’Octobre. Quelle est la marque que cet album aura laissée autant pour vous que chez vos fans ?

JF : Premièrement, cela fait en sorte que des chansons sont devenues des classiques du groupe. Marine marchande et Octobre, entre autres, sont des chansons qui ont vraiment bien marché auprès du public. C’est toujours plaisant de voir que ton nouveau matériel fonctionne aussi bien que tes vieilles chansons. En plus de faire notre traditionnelle tournée des salles au Québec et en Europe, il y a eu de beaux projets complémentaires comme l’Orchestre symphonique de Montréal (OSM), l’Orchestre symphonique de Québec (OSQ) et le Cirque du Soleil. Cela a été comme une plus-value qui a fait en sorte que la tournée a été quand même exceptionnelle et je pense que les fans ont bien apprécié aussi.

Marie-Annick : L’expérience qu’on a vécue avec l’OSM et l’OSQ, c’est gravé dans nos mémoires. On était sur scène avec un merveilleux orchestre, avec les arrangements fantastiques de Simon Leclerc. C’est de revisiter nos chansons dans une autre forme. Pour nous, c’était une expérience enrichissante et l’on espère la refaire. Même si Que du vent était un bon album, les chansons marchaient un peu moins sur scène. On ne pouvait pas faire toutes les chansons du disque comme elles étaient moins fortes que nos anciens succès selon la réaction du public. Pour Octobre, on pouvait en faire huit ou neuf chansons de cet album facilement et c’était aussi énergique que les classiques Les étoiles filantes, Toune d’automne ou Ti-cul.  

Depuis la parution d’Octobre en 2015, vous avez été actifs sans relâche. Est-ce que c’est une nouvelle tendance de ne plus avoir de pause entre la tournée et la parution d’un nouvel album ?  

JF : L’industrie a vraiment changé. Évidemment, il faut gagner des sous. Il y a plus d’argent à faire avec les spectacles comparativement à l’époque qu’on gagnait des sous avec les disques autant que de faire de la scène. Comme les disques sont rendus plus une carte de visite et un prétexte pour partir en tournée. Évidemment, on essaie d’être en tournée le plus souvent possible et de faire tourner la machine comme on dit. En même temps, ce n’est pas quelque chose qui est difficile pour nous autres. On s’est fait connaître, en premier lieu, par la scène et c’est dans notre ADN.

Marie-Annick : On est franchement chanceux d’avoir la chance de faire des tournées aussi longues parce que tous nos amis artistes aimeraient faire la même chose. On a vraiment la chance d’avoir un public qui nous suit dans des diffuseurs qui nous font confiance. Même si tu veux, tu ne peux pas toujours. […] Lors de la tournée Que du vent, on avait toujours de plus en plus des grosses foules au spectacle en été. Même si ce n’était pas notre plus bel album dans l’accueil, la ferveur des gens était aussi belle. Et Octobre, cela a juste continué. Ce qu’on a vu dans les dernières années et qu’on est très content de ça, c’est qu’on a réussi au fil des ans à aller chercher une autre génération de fans ! Il y a quand même encore beaucoup de gens dans nos concerts entre 18 et 25 ans comme quand on a commencé. C’est encore ça aujourd’hui et ça rend les spectacles très dynamiques parce qu’ils ont de l’énergie les jeunes.

Les antipodes, tel un polaroid du monde actuel d’une société qui carbure aux extrêmes, bouleversée par des visions souvent complètement opposées. Qu’est-ce que ça représente pour vous ?

JF : Il y a comme une trilogie de chansons sur l’album liée ensemble (L’Amérique pleure, Les maisons toutes pareilles et D’une tristesse). On vit dans un monde contrasté avec beaucoup de polarisation en ce qui a trait aux idées. Dans l’album même, on parle d’antipode parce qu’on a des chansons qui vont dans des registres assez émotifs et assez lourds de sens ainsi que d’autres trucs plus légers.

Marie-Annick : Il y a un bel équilibre sur le disque ; c’est vraiment une face A et une face B ; ce sont des antipodes.

Dans L’Amérique pleure, vous posez des questions existentielles sur les problématiques de la vie actuelle. C’est très intéressant et vrai, est-ce que vous voulez nous en parler davantage?

JF : Quand tu fais une chanson, tu veux faire un polaroid. Quelque chose de fidèle, tu veux être témoin de ton époque et le faire de la façon la plus objective possible. C’est le fruit d’une réflexion tout simplement. C’est une chanson à message, mais elle n’est pas dans la même veine que, par exemple, En berne (dans la dénonciation primaire). L’Amérique pleure est plus dans le domaine du constat. On passe à travers l’oreillette d’un chauffeur de van qui fait juste constater l’état du monde. C’est essayer de le faire de la façon la plus objective possible et de fédérer le plus de gens afin qu’ils se reconnaissent là-dedans. Il n’y a pas de message haut et fort…

Marie-Annick : En fait, il y a beaucoup de messages. Il a cinq couplets de messages, mais c’est que le « je » de cette chanson n’est pas le même je d’En berne. C’est un « je » à travers d’un personnage très humain qui constate des trucs. La façon dont Karl l’a interprété, on est touché du début jusqu’à la fin. J’ai l’impression que l’interprétation joue un grand rôle en plus du texte parce qu’on est toujours avec lui et l’on a envie nous autres aussi. On le voit L’Amérique qui pleure dans la chanson.

JF : Je pense qu’on tient une bonne chanson, qui est forte, qui est bien écrite, qui est bien interprétée avec une mélodie accrocheuse. Même si elle dure 4 minutes 43 secondes et qu’elle n’est pas nécessairement dans les standards des extraits radio de 3 minutes, je pense que les radios sont déjà ouvertes à la faire jouer.

Marie-Annick : Je considère que cette chanson cadre bien dans la saison où nous sommes. Si on l’avait sorti en juin, je ne pense pas que c’est celle qu’on aurait choisie.

D’une tristesse est aussi poignante de vérité. Qu’est-ce qu’elle représente pour vous ?

JF : C’est un autre constat, le texte est bien écrit. Musicalement, on est allé dans une talle qu’on n’avait pas souvent pigée : un autre rythmique, des arrangements orchestraux de Marie-Annick qui viennent frapper fort dans les refrains et Karl qui chante le bras levé. On était super content du résultat. Il y a plusieurs éléments qui feront qu’après plusieurs écoutes, tu peux toujours découvrir quelque chose de nouveau.

Marie-Annick : Un fait surprenant de cette chanson, c’est quand JF est arrivé avec la maquette. De prime abord, on la trouvait tous bonne. Avec son interprétation, ses arrangements et toute la rythmique que Gus Van Go et Pierre Fortin ont aidé à faire, en fin de compte, c’était dans notre top 2 ou 3. Le mélange du groupe et des forces de chacun ont fait en sorte que cette chanson nous interpelle.

JF : Il y a une dichotomie avec le refrain qui est très festif et accrocheur, mais avec un texte qui est plus sombre. Ce sont encore les antipodes.

Est-ce qu’il y aura encore deux batteries dans votre tournée étant donné le départ de Bazou ?

JF : Malheureusement, il n’aura plus deux batteries. À notre grande tristesse, Bazou ne sera plus là. Il a décidé de poursuivre dans un autre chemin, ce n’est pas nous autres qui l’avons mis à la porte, mais on va surement le revoir quand même comme remplaçant à l’occasion. Il n’est pas parti pour toujours, mais il n’aura plus deux batteries. Pierre Fortin a décidé de s’engager vraiment sérieusement à faire une grande partie des concerts (environ 80 % et Marc-André fera le 20 % restant).

Marie-Annick : En même temps, c’est un métier quand même spécial de ne jamais être là la fin de semaine. À moment donné pour les familles, ce n’est pas évident pour la conjointe et les enfants que papa travaille la semaine et qu’il part la fin de semaine. Ce n’est pas un métier évident pour la conjugaison travail/familles, ça faisait partie de la décision de Marc-André.

Comme Les Antipodes est le premier album depuis vos vingt ans d’existence, quelle est votre plus grande fierté en studio ?

JF : C’est sûr que ce sont toujours les trucs les plus récents. Oui, on a fait de bons trucs et des moins bons dans le passé. À chaque album, on se dit tout le temps que c’est notre meilleur. Sur le coup en studio, tu ne peux pas dire que ça sera un succès assurément. Tu peux douter quand tu es en train d’enregistrer Les étoiles filantes que ça risque d’être un bon coup, mais tu ne peux pas être sûr à 100 %. C’est arrivé aussi, parfois, qu’on pensait qu’une chanson allait bien gros marcher, mais elle n’a pas marché pantoute.

Par curiosité, donnez-nous un exemple…   

Karl : Pizza galaxie.

Marie-Annick : L’horloge, je pensais que ça allait être un succès. Je pensais même qu’enfin les radios en France accepteraient de nous faire jouer parce qu’ils ont toujours trouvé que notre discours était trop écrit en joual/québécois. Le meilleur coup que tu peux faire, c’est de réussir sur chaque album d’avoir un nouveau succès auprès du public. Quand tu arrives sur scène après vingt ans de carrière et le monde chante plus fort sur Marine marchande que dans Les étoiles filantes et Plus rien, tu te dis : « Ça, c’est une grande fierté et ça nous permet de durer ».

JF : Marine marchande, c’est une chanson vite et il y a des chants dedans. C’est une formule qu’on utilise beaucoup parce qu’on aime ça que les gens chantent avec nous en spectacle parce que c’est une communion. Plus les gens nous en donnent, plus on aime ça en redonner. On n’avait pas fait ça souvent des duos (gars/fille). Que les gens embarquent sur cette chanson et que les radios embarquent aussi (comme il y a quand même quelques paroles assez crues), on est bien content de ça !