Comme le temps passe vite! C’est ce que doit se dire le chanteur Daran, qui n’est plus avec ses chaises depuis une secousse. Car sa chanson Dormir dehors, qui l’a fait connaître à un plus large public, a été lancée il y a 20 ans!

Avant d’aller présenter son spectacle Le monde perdu au Centre d’art La Chapelle le 30 octobre et L’Anglicane de Lévis le 13 novembre, le principal intéressé s’est entretenu par téléphone pour revenir sur ce fait marquant. En effet, l’année 1995 allait révéler à la francophonie l’existence même de Daran et ses chaises grâce au tube Dormir dehors. C’était alors la frénésie pour ces nouveaux venus. « C’est sûr que le succès relié à cette chanson a été magnifique et qu’il s’est produit une bonne frénésie. Mais nous jouions de la musique bien avant cette pièce », me précise Daran.

Bien qu’il soit encore populaire, on pourrait croire que le chanteur aimerait revivre ces grands moments. Mais il semble que non! «  Je vis de très belles choses en ce moment, même si je conçois que c’est une période qui restera gravée dans ma mémoire l’année 1995. Ça va toujours rester en moi, c’est une évidence. Je suis sur une pente ascendante depuis », m’explique le Québécois d’adoption qui habite Montréal depuis plus de cinq ans.

Le monde perdu est son septième album après la séparation de la formation Daran et ses chaises. Il marque une maturité sur le plan des textes et des musiques. Bref, un album acoustique comme Daran souhaitait faire depuis 15 ans. Lors de sa première montréalaise au Gesù pour le festival Montréal en lumière, Daran avait présenté son spectacle en compagnie de la dessinatrice Geneviève Gendron, qui dessine tout au long au son de la musique et de la vidéo. Il donne en exemple : l’artiste dessine une lampe sur une table de chevet et dans le film, la comédienne l’allume et ça éclaire la pièce.

Puisque ce logiciel sur lequel dessine Geneviève Gendron n’existe pas, il a demandé l’aide de son ami Serge Maheu. « Il est parti de rien finalement et a conçu le logiciel au complet, de A à Z », me confie-t-il. Avec ce concept, le chanteur souhaite que le public revienne en enfance, qu’il voyage comme s’il regardait un film. Mais a-t-il peur que la foule se concentre sur les dessins plutôt que sur sa prestation? « Non, ça ne me dérange pas! J’aime bien savoir que les gens se concentrent non pas sur moi, mais qu’ils ont le regard ailleurs! »

Le principal intéressé ne semble pas se demander si ce nouveau projet sera bien accueilli par le public. « Je dois te dire que la réaction est très bonne; les gens trouvent le concept plutôt original, ce qui est un peu l’effet recherché. Partout où je passe, les réactions sont positives », me dit-il. La formule a été testée également en Europe et le courant a bien passé. « Je n’ai même pas eu de craintes ou d’appréhension comme quoi les gens pourraient trouver l’idée trop folle », me lance le Français d’adoption.

Le chanteur me rappelle qu’il a eu une idée similaire en 2009 où il avait invité le bédéiste Michel Alzéal à concevoir des dessins durant ses prestations pour son disque Couvert de poussière. Le bédéiste dessinait avec les planches envoyées sur un écran. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, ce type d’artillerie ne peut que se déployer dans de petite salle comme le Gesù ou l’Anglicane. « C’est en plein le genre de salle parfaite pour cela. Et en plus, l’Anglicane est une salle que j’ai eu la chance de faire des spectacles et que j’adore. Il y a une certaine intimité qu’on y retrouve », termine Daran.