Qu’est-ce qui pousse un jeune homme de 19 ans à aller vers ce domaine ?

Felipe : J’ai grandi en accumulant une tonne de revues qui parlaient de rock. J’aimais découvrir les dessous du milieu. C’est pour ça que j’avais une fascination pour Don McGee (le gérant de Motley Crue) et Chris Murphy (le gérant d’INXS).

Et c’est aussi un peu de la faute de mon père qui m’amenait au Cinéma Outremont voir les films des Beatles ! Je voulais entrer dans le milieu de la musique parce que je voyais les artistes avec grand respect : ça prend un sacré culot pour se mettre à nu sur une scène.

Raconte-nous tes plus beaux accomplissements

Felipe : Avoir produit le spectacle-bénéfice Du Nord au Sud : tous unis pour le Chili après les tremblements de terre dans mon pays d’origine. Que Boom Desjardins, Éric Lapointe, Pénélope McQuade, Richard Petit et plus de 20 artistes aient accepté mon invitation, sans rien demander en retour, c’était un des plus beaux moments de ma vie.

Faire les relations de presse internationale du film The Old Man and the Sea, gagnant de l’Oscar du meilleur film d’animation en 2000. Avoir lancé la carrière de Jonas et lui remettre un disque d’or pour son premier album devant 80 000 admirateurs au Festival des montgolfières de Saint-Jean.

Si c’était à refaire aujourd’hui, que ferais-tu autrement ?

Felipe : Je serais moins candide et naïf. Je n’ai jamais eu de plan de carrière. Je ne suis pas ambitieux dans le sens arriviste. Tout ce que je voulais à mes débuts et, encore aujourd’hui, c’est être reconnu comme un homme honnête qui se donne corps et âme pour son boulot.

Qu’est-ce qui te passionne encore aujourd’hui, même après 30 ans de métier 

Felipe : Encore et toujours, faire des rencontres et prendre des risques. Je me sens privilégié d’avoir côtoyé Anne-Marie Losique, Julie Snyder, Pierre Marchand (Musique Plus) et Gilbert Rozon dans leur « prime ». Peu de gens peuvent se vanter d’avoir travaillé avec ces quatre pionniers du show-business d’ici.

Raconte-nous ta journée avec INXS

Felipe : Un 24 heures de pure folie intense ! Je suis allé les voir au Métropolis. C’était le dernier show du band à Montréal avant le décès de Michael Hutchence. Nicolas Cage était dans la foule. Après le show, je suis allé saluer INXS « backstage ». Michael Hutchence avait une aura unique, il incarnait le rock.

Le lendemain, en studio, c’était comme recevoir des dieux : il y avait une telle fébrilité dans l’air. Je remercie encore Julie Snyder d’avoir cru en moi et d’avoir accepté de produire une heure en direct sur TVA avec INXS. C’était une ouverture d’esprit incroyable de sa part.

Quels sont tes plus beaux souvenirs liés à ton métier ?

Felipe : Je vais te raconter un truc qui n’est pas relié à mon métier, mais au kid en moi. L’été dernier, j’ai reçu dans une enveloppe l’autographe de Mickey Rourke à mon nom, écrit juste pour moi. J’ai complètement figé en voyant ça. C’est le réputé photographe français, Richard Aujard, qui l’a demandé à Rourke et me l’a envoyé par l’entremise de sa copine, la très gentille Lza Steyart, avec qui j’ai travaillé. Aujard, je ne l’ai jamais rencontré : on est amis Facebook ! Le fait que Richard ait fait ça pour moi est un de mes meilleurs souvenirs à vie. Je serais à tout jamais reconnaissant envers lui pour cet immense cadeau.

Parle-nous de toi un peu…

Felipe : Je suis arrivé au Québec à l’âge de cinq ans avec mes parents après le coup d’État militaire au Chili. J’ai grandi ici et j’ai appris le français ici. À 19 ans, je venais à peine de terminer mon cégep et j’ai commencé à travailler comme assistant aux relations de presse des Disques Traffic. Le reste, c’est 30 ans de passion pour le métier de relationniste.

Des anecdotes, sucrées, salées, j’en ai une tonne : mais je les garde pour moi. Ce qui se passe « backstage » reste « backstage » ! Si vous avez vu la série Californication et le film Get him to the Greek, je vous jure que j’ai vécu pas mal de scènes comme ça dans ma propre vie !

Qu’est-ce que ça prend selon toi pour être un homme de front dans la promotion ?

Felipe : Être humble et surtout, persévérant : ne jamais abandonner. Il faut aussi savoir se tenir loin des projecteurs et laisser toute la place aux artisans.

Une question qui n’a pas du tout rapport avec ton domaine. Qu’est-ce que tu écoutes comme musique et qu’aimes-tu faire dans tes temps libres quand tu en as bien sûr ?

Felipe : Je suis old school, classic rock à la vie, à la mort, et je suis resté accro à The Cult, aux Rolling Stones. Je suis un joueur de soccer frustré et fan fini de ce sport : de l’équipe nationale de soccer du Chili. Mais ce que compte le plus pour moi maintenant, c’est d’être présent aux côtés de ma petite fille, Alexina.

As-tu déjà pensé à jeter l’éponge ; si oui, à quelle époque et pourquoi ?

Felipe : Oui, et plusieurs fois, crois-moi. Ce métier brûle physiquement et mentalement. Il faut savoir prendre du recul, sinon, on s’oublie trop souvent. Maintenant, j’ai trouvé une balance dans ma vie avec la naissance de ma fille. Sinon, je serais encore all in 24 heures sur 24.

Crédit photo principale : Blacksmith Pat