Le festival international de films Fantasia commence le 12 juillet prochain. Il n’y a rien de plus excitant que de découvrir la programmation. Donc, j’ai décidé de regarder de plus près et de faire mon top 8 des films à voir selon moi. Car après tout, c’est le plus important et le plus influent des festivals de genre en Amérique du Nord !

MANDY (film de clôture officiel)


Acclamé par la critique, le long métrage attendu de Panos Cosmatos après le superbe BEYOND THE BLACK RAINBOW. Le film fait sa première projection dans le pays après avoir transpercé le public de Sundance et de la Quinzaine des Réalisateurs de Cannes.

MANDY met en vedette une partition électronique expérimentale déchiquetée de feu Jóhann Jóhannsson qui joue hypnotiquement avec le rythme et l’imagerie du film pour créer une atmosphère rêveuse d’intoxication presque mortelle. MANDY est un acte de cinéma violent et saignant, aussi singulier que sensationnel.

En 1983, l’existence paisible de Red Miller (Nicolas Cage) dans les Shadow Mountains est anéantie lorsqu’une secte religieuse démente fixe son attention sur Mandy (Andrea Riseborough), l’amour de sa vie, et comme il devient rapidement évident, quelqu’un qui le maintenait ancré dans la réalité.

Les choses se détériorent jusqu’à devenir un cauchemar exalté de venin d’insecte, de drogues dures et de délire d’esprit fracturé, alors que Red se rend jusqu’en enfer afin de venger la femme qui était sa raison d’être. Le sang va couler. Les mondes vont s’effondrer.

ARIZONA


Sonny (Danny McBride) vit en Arizona, et c’est un gars vraiment cool. Il a une superbe maison, un Hummer, une jolie collection d’armes à feu et une épée de samouraï, et une chose qu’on peut vous dire à propos de lui est que ce n’est assurément PAS un meurtrier.

OK, il y a eu ce truc avec l’agent immobilier qui voulait reprendre sa maison, mais c’était un accident, comprenez-vous ? Et cette autre agente immobilière, Cassie (Rosemarie DeWitt), qui a vu ce qui s’est passé et que Sonny a, hum, « invitée » à sa maison pour régler le tout ? Elle n’a CERTAINEMENT PAS été kidnappée.

Et ces autres personnes qui finissent par mourir autour de Sonny lors de cette journée autrement bien normale en Arizona en 2009 ? En bref, ne provoquez pas Sonny, surtout pas aujourd’hui.

Ça fait un bon moment qu’on n’a pas présenté une comédie aussi délicieusement malsaine qu’ARIZONA, et son arrivée devrait être accueillie à bras ouverts par le public de Fantasia. Premier long métrage de l’assistant-réalisateur de longue date Jonathan Watson, cela s’apparente à la comédie noire que nous avons toujours voulu que John Carpenter réalise, en vain.

Scénarisé par le vétéran de la télé Luke Del Tredici (BROOKLYN NINE-NINE), ARIZONA est rempli de personnages désespérés à un moment décisif de leurs vies, qui vont soit craquer ou survivre à la folie dans laquelle ils se retrouvent. L’ensemble est porté parfaitement par DeWitt et un McBride à son meilleur, qui met de l’avant le côté dangereusement psychotique que (soyons honnête) nous avons toujours su qu’il possédait comme acteur, créant un des maniaques cinématographiques récents les plus mémorables (un bon signe pour le prochain film d’HALLOWEEN coscénarisé par McBride, peut-être ?…

OUR HOUSE


Ethan Lightman (Thomas Mann) a perdu ses parents de façon tragique la nuit où, avec deux de ses amis, il a voulu tester une invention : l’électricité sans fil.

Trois mois après cette tragédie, Ethan persévère, continuant à parfaire sa machine tout en s’occupant de son jeune frère Matt (Percy Hynes White) et de sa petite sœur Becca (Kate Moyer).

Tous trois sont marqués par le décès de leurs parents, mais voici que ceux-ci reviennent sous la forme de spectres, une manifestation tout à fait inattendue des ondes électriques.

Matt et Becca se réjouissent de pouvoir rétablir une sorte de contact avec maman et papa. Hélas, Ethan comprend que sa machine, ayant accidentellement invoqué le monde de l’au-delà, vient de mettre toute sa famille en grand danger.

OUR HOUSE s’inspire d’un film à microbudget de Matt Osterman intitulé PHASMA EX MACHINA, présenté à Fantasia en 2010. Un film d ? horreur indépendant de 2010 qui a déjà droit à un remake, c ? est chose rare. Mais le scénariste Nathan Parker (MOON) et le réalisateur Anthony Scott Burns (HOLIDAYS) réinventent littéralement cette histoire pour en faire le portrait de jeunes gens traumatisés.

Contrairement au personnage de Cody dans PHASMA EX MACHINA, Ethan n’essaie jamais de « ressusciter » ses parents décédés, et la réaction de Becca et de Matt face aux spectres de la mère et du père ne font que rendre la situation plus dramatique. Le scénario de Parker arrive à faire de nous des membres de la famille Lightman, et nous ressentons leur douleur bien avant qu’elle ne se transforme en terreur.

La réalisation de Burns ne trompe pas : c’est bien là un homme qui a longtemps travaillé dans le domaine des effets spéciaux. Les décors fantomatiques apparaissant au dernier acte sont l’œuvre d’un grand maître.

ANNA AND THE APOCALYPSE


Ah, Noël. Paix sur la terre et festivités. Anna n’est toutefois pas dans cet esprit. Cette populaire adolescente semble tout avoir, mais elle désire secrètement quitter sa petite ville du Royaume-Uni, ses amis, sa famille et le monde qu’elle connaît pour de nouvelles aventures et une nouvelle vie.

Ce ne sera pas facile : son meilleur ami de longue date est amoureux d’elle, son père croit qu’elle demeure tranquille, et ses autres amis ne partagent pas son désir de voir le monde.

Puis un jour, juste avant Noël, Anna sait qu’elle devra annoncer à tous que ses plans d’avenir ne les incluent pas.

Si seulement quelque chose pouvait retarder le tout ! Pourquoi pas une invasion de zombies ? Oh, et si c’était une invasion de zombies musicale ? Ce serait pas mal idéal. Préparez-vous à découvrir votre nouvelle comédie musicale de zombies de Noël préférée, ANNA AND THE APOCALYPSE, le film qui vous fera chanter et danser tout en criant devant les hordes de morts-vivants.

Logiquement, ce film ne devrait pas fonctionner, mais il marche parfaitement, avec plein de charme, de plaisir et de divertissement, assez pour en faire un succès assuré auprès du public de Fantasia 2018. Inspiré d’un court paru en 2010 sur YouTube, ZOMBIE MUSICAL, écrit et réalisé par Ryan McHenry (qui a également inventé le mème sur Vine « Ryan Gosling won’t eat his cereal »), qui est décédé en 2015 avant que la version long métrage se rende sur les écrans.

Il a été remplacé par le réalisateur John McPhall, qui insuffle énormément d’énergie et d’enthousiasme sincère dans ce qui aurait pu être fade et peu inspiré. Ella Hunt est formidable dans le rôle d’Anna, en faisant une des héroïnes d’horreur les plus attachantes des dernières années. Le meilleur élément demeure les chansons de Roddy Hart et Tommy Reilly, qui ne seront malheureusement pas en vente avant plusieurs mois (la sortie est prévue pour décembre).

En attendant, faites l’expérience du film de zombies musical le plus entraînant depuis « Thriller » à Fantasia avec quelques centaines d’autres spectateurs qui auront tous le même sourire accroché au visage. Joyeux Noël, Fantasia !

BLEACH


La vie n’est pas si simple pour le jeune Ichigo Kurosaki (Sota Fukushi de THE TRAVELLING CAT CHRONICLES). Depuis le décès de sa mère dans des circonstances nébuleuses, lui et ses deux sœurs ont été élevés à la dure par leur père, alors il n’est pas du tout enclin à s’en laisser imposer.

De plus, il voit des fantômes ! Cette capacité à interagir avec les esprits errants lui permet un soir d’apercevoir Rukia (Hana Sugisaki, vue dans BLADE OF THE IMMORTAL), une shinigami, sorte de protecteur de l’humanité contre les spectres malfaisants, qui est à la poursuite d’un hollow, une créature colossale provenant d’une âme maléfique se nourrissant de celle des vivants. Lors de l’attaque du monstre, Rukia est blessée et doit remettre ses pouvoirs à Ichigo. Celui-ci parvient à sortir victorieux grâce à l’énorme épée acquise par sa force spirituelle inusitée. Ainsi, malgré sa réticence, l’étudiant devient un shinigami, mais certains collègues s’opposent violemment à avoir un humain parmi leur groupe. Et un surpuissant hollow se prépare à sévir…

Fantasia a souvent programmé des adaptations de mangas d’une popularité notoire. Toutefois, peu avaient autant d’ampleur que BLEACH à travers le monde. Heureusement, cette refonte d’une franchise aussi adorée est revenue à Shinsuke Sato (INUYASHIKI, GANTZ), l’un des meilleurs réalisateurs japonais habitués à relever cette sorte de défi. Ayant œuvré brillamment dans nombre de genres, de l’action à l’horreur en passant même par l’animation, Sato s’est acquitté de cette tâche titanesque avec maestria.

Fidèle au matériel original, tout en étant créatif, BLEACH en met plein la vue avec ses magnifiques effets spéciaux, son travail sonore immersif et ses personnages classiques interprétés par de jeunes vedettes aguerries au sommet de leur art. BLEACH couvre une petite partie de son épique série de mangas, donc ne manquez pas cette première immersion dans le chef-d’œuvre du mangaka Tite Kubo ! Vous pourriez devenir amer au point de vous transformer en hollow !

COLD SKIN


Au début du 20e siècle, un jeune homme (David Oakes) se rend en Antarctique dans le but d’effectuer une série de relevés météorologiques sur une île difficilement accessible.

Il souhaite passer du temps à réfléchir sur lui-même, et pour ce faire, quoi de mieux que l’isolement d’une île perdue.

Hélas, quelqu’un d’autre vit déjà dans cet endroit : un certain Gruner, personnage dépenaillé et à moitié fou (Ray Stevenson, vieil habitué du genre, que l’on a pu voir dans DEXTER, THOR et DIVERGENT). Gruner ne tarde pas à confier son secret au nouveau venu ; sous un épais manteau de glace, lui dit-il, l’île maudite dissimule de terribles créatures. Songeant à sa propre survie, le pauvre jeune homme se demande lequel de deux fléaux est le pire — une légion d’entités inexplicables, ou Gruner l’hystérique ayant juré de détruire ces êtres d’un autre monde.

Visuellement saisissant, ce film semble tout droit sorti des pages d’un recueil d’histoires de H. P. Lovecraft avec ses monstres, sa tension paranoïaque entre les personnages, et ses années 1900 en général, impeccablement évoquées. L’élaboration des créatures de COLD SKIN est en soi une véritable petite merveille de réalisme dynamique. Le souci du détail est étonnant.

Ajoutez à cela les formidables performances de Stevenson et Oakes, et vous avez un récit tout simplement fantastique. Xavier Gens, réalisateur de HITMAN, ouvre ici une fenêtre sur un monde fascinant où errent des formes de vie cauchemardesques. Une importante réflexion sur l’isolement, l’inconnu, et l’impact que ces inévitables réalités peuvent avoir sur nous.

SUMMER OF 84


De retour à Fantasia trois ans après la triomphale première canadienne de leur premier long métrage, TURBO KID (un projet d’ailleurs lancé dans le cadre du marché Frontières du festival en 2012), le trio de réalisateurs montréalais RKSS formé d’Anouk Whissell, François Simard et Yoann-Karl Whissell nous offre un autre hommage à la jeunesse et au cinéma de genre.

Cette fois-ci, cet enthousiasme est véhiculé à travers un récit initiatique (scénarisé par les nouveaux venus Matt Leslie et Stephen J. Smith) dans l’esprit de STRANGER THINGS, alors que nos quatre héros adolescents se voient mêlés à un véritable mystère dont les enjeux sont une question de vie ou de mort. Avec une atmosphère d’époque accentuée par la musique Tangerine Dreamesque du duo Le Matos, SUMMER OF » 84, capture les joies de l’amitié, la difficulté de négocier avec des parents qui ne vous comprennent pas, et les premiers émois dirigés vers la fille qui a déjà été votre gardienne. Mais faites attention, car cette œuvre nostalgique a les dents acérées.

« La banlieue, c’est là où les trucs les plus fous se produisent », nous avertit Davey Armstrong (Graham Verchere), 15 ans, au début de SUMMER OF » 84, et il est bien placé pour le savoir. Nous sommes en juin de l’année éponyme à Ipswich, Oregon, et Davey passe ses journées et ses nuits avec ses meilleurs amis Eats (Judah Lewis), Woody (Caleb Emery) et Curtis (Cory Gruter-Andrew) à parler de sexe et des détails des suites de STAR WARS ainsi qu’à jouer à la « chasse à l’homme » avec eux.

Leur plaisir innocent s’arrête abruptement lorsque Davey commence à soupçonner que son voisin d’à côté, l’apparemment amical policier Wayne Mackey (Rich Sommer), est le « Cape May Slayer » qui s’en prend aux enfants de leur âge dans la région depuis quelque temps.

Davey recrute ses copains pour l’aider à enquêter et exposer Mackey, plongeant dans une aventure qui menace de devenir dangereuse, voire mortelle pour les garçons à tout moment.

THE HOWLING


Nous vivons dans une culture de violence et il y a une bête en chacun de nous, paraît-il. Dans THE HOWLING, cela s’avère littéralement exact. Journaliste pour le bulletin de nouvelles d’une chaîne de Los Angeles, Karen White (Dee Wallace) se fait harceler par Eddie Quist (Robert Picardo), un tueur en série réputé pour mordre ses victimes. Elle le piège dans une boutique pour adultes avec l’aide de la police, qui l’abat. Hantée par des images troublantes, Karen est envoyée par son psychiatre (Patrick Macnee) dans une colonie à la campagne avec son mari Bill (Christopher Stone).

Une nuit, ce dernier est mordu par ce qu’il croit être un loup. Parallèlement, leurs amis Terry (Belinda Balaski) et Chris (Dennis Dugan) mènent une enquête en ville et découvrent que le corps d’Eddie a disparu de la morgue…

Réalisé entre PIRANHA et GREMLINS par Joe Dante, qui sera à Fantasia cette année afin de recevoir un Prix de carrière honorifique, THE HOWLING est un film de loup-garou qui se transforme lui-même à plusieurs reprises. La première partie à L.A. s’apparente à un thriller qu’aurait pu réaliser De Palma, impression renforcée par l’excellente musique de Pino Donaggio, qui a aussi composé les partitions de DRESSED TO KILL et BLOW OUT, entre autres.

On passe ensuite en mode atmosphérique et de plus en plus angoissant, avec une succession de scènes nocturnes dans une forêt brumeuse, alors que résonnent des hurlements au loin. Enfin, on plonge dans le pur film de monstres, avec des scènes d’horreur et de transformation incroyablement intenses, où les effets spéciaux de maquillage créés par Rob Bottin sont dégoûtants à souhait. Ne manquez pas votre chance de voir ce fantastique film culte en 35 mm !

Description des films tirée du site web © Fantasia
Sélection de Jocelyn Legault