Si vous vous demandez si c’est possible de connaître plus de succès en Russie que dans sa terre natale, c’est le cas pour Alexiane jusqu’ici dans sa carrière. Après que sa chanson A Million on My Soul ait été certifiée platine dans le pays des tsars en décembre dernier, la jeune auteure-compositeur-interprète née à Montmagny souhaite maintenant rejoindre des gens de partout dans le monde grâce à la magie du virtuel, pandémie oblige.

Le remix de A Million on My Soul est certifié platine en Russie depuis le 22 décembre 2020, comment perçois-tu cette popularité soudaine dans ce marché? Est-ce que tu penses que ça serait un public fidèle à ton image de marque

C’est incroyable… Platine en Russie, un pays de plus de 144 millions d’habitants… Je suis touchée parce que c’est un pays dans lequel je n’ai pas encore eu la chance d’aller. La chanson A Million on My Soul que j’ai écrite dans ma petite chambre étudiante de Los Angeles a pu parler à un public aussi éloigné.

Ce remix de A Million on My Soul, que j’ai réalisé avec les deux producteurs turcs Moses et Emr3ygul, se retrouve au #54 Shazam à l’échelle planétaire, #1 sur iTunes Store en Russie, #1 iTunes Store en Ukraine et #1 iTunes Store en Pologne ; comme quoi on crée dans notre bulle puis on ne sait jamais où ça va plaire. C’est une des grandes beautés de la création musicale.

Je pense que le public russe se montre déjà fidèle à ma musique et c’est formidable. En juin 2020, j’ai lancé, un EP d’introduction, Bad Sounds. Il a reçu un très bon accueil en Russie. Ça s’annonce bien pour la suite. Je crois que c’est le début d’une belle histoire.

Est-ce que tu as peur de l’étiquette de one hit wonder dans ces pays slaves?  

Franchement, je n’y pense pas parce que ma carrière ne fait que commencer. Je me concentre sur la sortie de mon premier album Into the Sun. Ce n’est que le début !

Quel a été l’impact de Carla Bruni sur ton premier disque (Into the Sun) que tu t’apprêtes à lancer ? 

Carla est un mentor important dans ma vie. Elle a su me donner de précieux conseils au fil du temps durant la création de mon album Into the Sun. Je lui en serai éternellement reconnaissante. Au-delà des conseils artistiques, elle m’a aidé à prendre confiance en moi en tant que femme, artiste et productrice indépendante dans une industrie qui n’est pas toujours évidente à naviguer.

Présente-nous le nouveau vidéoclip pour la pièce You’re Mine paru le 13 janvier.

C’est un vidéoclip que j’ai co-réalisé avec Cedrick Provost et que nous avons réussi à tourner à la foire d’Ormstown (Québec) durant l’été malgré la pandémie.

C’est un mélange d’univers entre Tarantino et l’ambiance pop alternative cinématographique de mon premier album « Into the sun » qui sortira au printemps 2021. Il dépeint les montagnes russes et les contradictions de certaines relations amoureuses, toxiques et intenses à la fois, qui frôlent le ridicule. Je ne souhaitais surtout pas faire un vidéoclip lourd et triste sur ce sujet. Ce qui m’importait dans sa création, c’était de canaliser une nouvelle énergie ; et Dieu sait qu’on en a besoin en ce moment !

J’ai voulu essayer d’aller vers la lumière en apportant du dynamisme par la danse. J’ai pu trouver une grande joie dans ce défoulement et dans cette manière de me surpasser. Je n’avais jamais véritablement dansé dans un de mes clips auparavant. Du coup, c’était un gros défi pour moi ; une forme de catharsis même. J’ai pu transcender la relation qui a inspiré cette chanson ainsi qu’un poids associé à la pandémie à travers l’écriture de cette dernière ainsi qu’à la réalisation et la danse de ce clip. J’aime beaucoup ce côté « décalé » du vidéo de You’re mine. En fin de compte, j’ai préféré rire et essayer de tirer une expérience positive de quelque chose qui me paraissait écrasant. Et j’espère pouvoir aider les gens, du mieux que je peux, à faire de même.

Comment est-ce que tu te prépares à monter un show pour un public que tu apprends tranquillement à connaître comme la Russie

Je commence à préparer et monter un spectacle à l’image de mon univers musical. Plus précisément, en ce moment, je réfléchis à la création d’un spectacle digital qui pourrait réunir au même moment et au même endroit mes fans du monde entier. Ce serait une belle manière d’enfin entrer en contact de façon intime avec eux et je m’en réjouis. Comme presque tout fonctionne au ralenti en ce moment avec la pandémie, on doit essayer de trouver la force de continuer de créer, de trouver des manières d’innover, d’avancer et de foncer. Ça peut sembler cliché, mais c’est ça ; je le dis et je le répète… Créer et foncer.

Qu’est-ce que tu perçois comme différence si on compare un concert que tu donnerais en Russie contrairement au Québec? 

C’est sûr qu’au Québec il y aurait un aspect plus familial puisque je suis née ici. J’aimerais beaucoup offrir davantage de chansons en français dans mon spectacle au Québec et inviter d’autres collaborateurs d’ici à chanter avec moi. Ce serait vraiment merveilleux de pouvoir chanter aux côtés d’artistes que j’estime énormément comme Jean Leloup, Lynda Lemay, Isabelle Boulay et Claude Dubois. Céline Dion aussi, c’est quand elle veut.

Tu es la première artiste qui me parle, lors d’une préentrevue, de trouver des approches innovantes afin de rendre son spectacle plus intéressant et de connecter avec les gens en mode virtuel. Comment est-ce que tu comptes t’y prendre? Pourquoi est-ce que c’est important pour toi de te distinguer et amener une plus-value à ton show

Avec l’arrêt des concerts « traditionnels » (physiques) partout sur la planète en 2020, de nombreux artistes ont commencé à se représenter de manières différentes sur « Facebook live » et « Insta live », par exemple. Je réfléchis à la meilleure manière de présenter mon premier album virtuellement à mes fans sur scène. Je tiens à trouver une façon qui rendra justice à ma musique et qui honorera mon public à travers différentes régions du monde également. Comment ? Je ferais bien de garder la surprise, mais ce que je peux dire c’est que ce sera cinématographique et que ce sera dans un lieu à caractère grandiose ! C’est fou de penser que dans quelques semaines, un adolescent connecté à sa tablette dans sa chambre à Moscou pourrait regarder ce spectacle virtuel en même temps qu’une mère de famille de son salon au Sénégal, en même temps que ma grand-mère sur son ordinateur à Montmagny et en même temps que beaucoup de fans de Pologne, d’Iran, de Turquie et dans différents pays… c’est génial.

Avec la première parution de A Million on My Soul en 2017, est-ce que tu as dû te reconnecter avec toi-même et approfondir ta recherche de ton identité musicale pour créer Into the Sun

Bien sûr. Lorsque A Million on My Soul est sortie en 2017 sur la trame sonore du film Valerian et la cité des mille planètes, j’étais encore étudiante. Alors que j’étudiais en production de la musique à University of California in Los Angeles, des gens de l’industrie me conseillaient de lancer un premier album rapidement pour, je cite, « profiter de la vague », mais je ne me considérais pas prête donc je préférais attendre. C’était essentiel pour moi que mon premier disque me ressemble. Je voulais avant tout en être fière. J’ai pris le temps de l’écrire à mon rythme, de travailler avec des musiciens et des réalisateurs dans différents pays, de réécrire et réfléchir seule en nature énormément… C’était aussi important pour moi de gérer davantage ma carrière. J’ai, donc, créé ma maison de disques Gion records et j’ai monté mon équipe entre Montréal, Los Angeles, Paris et Dakar. Ça a pris un peu de temps, disons. Cinq ans plus tard, je crois que je tiens quelque chose dont je peux enfin être fière. Into the Sun, printemps 2021, et il sortira sur Gion records.

Pourquoi avoir intitulé ton premier opus Into the Sun

Into the Sun signifie « vers le soleil ». Mon album est autobiographique. Il raconte une histoire d’un être en quête de soi, d’un être qui souffre beaucoup par sa condition physique, mais qui choisit d’aller vers la lumière, vers le soleil. L’album suit une progression vers la lumière comme son titre l’indique ; le début de l’album est sombre en termes d’histoires, de paroles, d’émotions et de mélodies et le tout devient plus lumineux au fur et à mesure que l’écoute progresse ; Into the sun se termine sur une danse et une renaissance et on le verra sur scène.