Le groupe texan Blue October souligne, en 2020, son 25e anniversaire avec un tout nouvel album intitulé This is what I live for, un album authentique dans lequel le chanteur Justin Furstenfeld se dévoile à ses fans à travers 13 chansons, dont l’extrait Oh My My, sorti en septembre dernier.

Après deux albums éparpillés sur 11 années d’existence, Hate Me est devenu un grand succès. Comment avez-vous géré cette popularité soudaine à l’échelle nationale et internationale

Justin : C’était génial. Comme n’importe qui aurait fait, quand tu gagnes un peu d’argent, tu ne le prends pas pour acquis. Tu l’économises. J’avais déjà des enfants à ce moment. Alors, j’ai mis ça dans des Régimes d’épargne-études. Je me suis concentré sur ce qui est important dans la vie, j’ai continué d’être productif dans ce que j’écris, de me mettre au défi d’explorer plusieurs styles musicaux et de me renouveler le plus possible.

Quelle est l’importance de la pièce Hate Me pour Blue October?

Justin : Cette chanson a été un tremplin pour nous. C’était la première fois que les gens de partout dans le monde entendaient parler de Blue October. Hate me a été une bonne façon d’acquérir une notoriété pas seulement chez nous au Texas, mais à l’échelle internationale. En plus, j’adore cette chanson. Elle est très authentique.





Si tu pouvais revenir dans le passé, qu’est-ce que tu changerais après le succès qu’a connu l’album Foiled?

Justin : Je ne me serais pas marié avec mon ex-femme ! Elle a tellement rendu cette expérience pénible ! Je me serais plutôt concentré sur mes affaires et mon écriture. J’aurais utilisé toutes les ressources que l’univers a mises à ma disposition pour faire avancer ma carrière au lieu de tenter de satisfaire cette femme.

Avez-vous hésité à l’idée de lancer votre premier extrait Oh My My durant la pandémie ou au contraire, c’était une façon pour vous de faire plaisir à vos fans?

Justin : Nous avons lancé Oh My My dans le but de rester connectés avec nos fans. Beaucoup de groupes ont cessé de sortir du nouveau matériel en raison de la pandémie, mais nous sommes, et avons toujours été, un groupe très prolifique. Nous avons énormément de chansons. C’était important pour nous que les gens qui nous écoutent puissent continuer de le faire en restant en sécurité chez eux et en prenant soin de leur santé mentale. La situation actuelle est difficile pour tout le monde. On peut sombrer dans la négativité ou rester le plus positif possible. C’est cette dernière option qu’on a choisie.





Que peux-tu dire à propos de votre nouvel album This Is What I Live For?

Justin : Cet album est une volonté de ma part d’avoir une bonne discussion avec la dépression. J’ai écrit des chansons qui pourraient avoir l’air de parler de relations amoureuses, mais il s’agit plutôt d’une relation amour-haine avec la dépression avec laquelle je vis depuis que j’ai 14 ans. Je sais que je suis loin d’être le seul à vivre avec cette maladie, mais je suis tellement en paix aujourd’hui et j’aime la personne que je suis. Je pense, donc, qu’il s’agit d’un bon moment pour faire un tête-à-tête avec elle, histoire qu’on se mettre d’accord sur la façon de faire fonctionner les choses, car on vit ensemble et elle ne s’en ira pas. L’album parle de saisir les belles choses que la vie nous offre. Je suis une personne qui aime la vie, les odeurs, le toucher, les sons et l’amour. Dieu que j’aime l’amour ! C’est la meilleure chose au monde quand la dépression essaie de te rendre paranoïaque et de te faire douter. C’était le temps pour moi de m’asseoir et d’écrire sur le sujet, non pas en victime, mais en quelqu’un qui veut trouver des solutions.

Cet album te semble vraiment très personnel, est-ce que je me trompe?

Non, pas du tout ! C’est l’album le plus personnel qu’on a lancé avec celui où je parle de mon divorce. J’ai enfin réussi à écrire un album sans jouer à la victime tout en traitant de comment la dépression m’affecte quotidiennement. J’aime le fait que ce soit exprimé de façon objective, positive, romantique, un peu folle, mais nostalgique à la fois.

Que représente sa pochette de cet album?

Justin : (rires). Cela a commencé avec un très beau portrait de moi fait par un excellent artiste, mais j’ai dit : « Wow ! Jamais, je ne mettrai une photo de moi sur la pochette d’un album ! » Pourquoi, à la place, ne la détruirait-on pas pour montrer mon visage en tant que partie seulement de l’illustration ? Et c’est ce qu’il a fait, il l’a explosée. C’est une image très quétaine, mais profonde et significative en même temps.

Tu as travaillé avec ta fille sur la chanson Fight For Love. Comment s’est passée l’expérience et d’où est venue l’idée de l’incorporer à l’album?

Justin : Wow ! Ce fut un moment formidable, surtout de la voir réussir à chanter cette chanson aussi bien. Elle l’a chantée deux fois et hop, elle l’avait, tandis que j’ai dû la refaire à sept ou huit reprises avant de réussir. C’était génial de travailler avec elle, c’était un beau moment père-fille et l’on sait tous qu’à 13 ans, les moments père-fille sont de plus en plus rares. Elles sont trop occupées à faire des choses de filles. C’était donc une chance pour nous. Quand elle a entendu la version finale, elle n’en revenait pas. Elle m’a dit, quoi, c’est moi ? Et je lui ai répondu, oui, tu es aussi douée que ça !

Parle-moi du nouvel extrait Moving on (so long)

Justin : En gros, cette chanson dit que peu importe les doutes qu’on peut avoir, il faut se concentrer à être la meilleure personne possible, à foncer pour accomplir nos objectifs et à devenir la personne qu’on désire être sans jamais rien laisser se dresser à travers notre chemin. J’adore cette pièce. Elle correspond à qui je suis maintenant et j’en suis fier. Je suis sobre depuis huit ans et demi maintenant et je mange sainement. Je ne peux pas dire que je me fais des muscles au gym, mais je vais bouger dehors, je fais de la randonnée et je médite. Être heureux et libre, c’est ce que dit Moving on et c’est la base de la vie.

https://www.youtube.com/watch?v=jsET4HBisho

Blue October fête ses 25 ans en 2020. Quel est votre plus grand accomplissement en carrière?

Justin : Aouch ! 25 ans ! Déjà ? (Rires). Notre plus grand accomplissement, je dirais probablement d’ouvrir notre propre maison de disque et de faire ce qu’on fait pour les fans plutôt que d’essayer de devenir numéro un. Je suis tellement reconnaissant envers eux de nous supporter, car sans eux, je ne serais pas où je suis aujourd’hui.

Quel est le secret pour réussir à perdurer aussi longtemps dans l’industrie musicale?

Justin : La première chose est la santé, alors on doit tout faire ce qu’on peut pour la garder. Comme la musique est notre travail, on a la responsabilité d’inspirer notre public et de connecter émotionnellement avec lui. Notre travail est aussi d’être inspirés, alors on doit sortir de la maison et s’entourer de gens qui nous inspirent. On doit ignorer le négatif, la politique et tout ce qui nous mine. On doit trouver le bien et l’exploiter au maximum. Ensuite, il ne reste qu’à tout ça en musique !

Vous n’avez pas joué au Québec (Canada) depuis très longtemps. Pourquoi? Est-ce que c’est dans vos projets de revenir bientôt?

Justin : Oui, oui ! Tellement ! On avait prévu venir au Québec cette année d’ailleurs, mais on a dû repousser à cause de la pandémie. La raison pour laquelle on n’est pas venu depuis aussi longtemps est parce que les radios ont cessé de jouer nos chansons et nos billets de spectacles ne se vendaient pas. Quand on a lancé Hate me, on arrivait à vendre 1000 billets, peut-être que maintenant ça sera 300 ou 400 ? C’est correct, ça nous va très bien. Les gens savent maintenant qu’on n’est pas mort, alors le Québec est définitivement dans nos plans. J’ai hâte d’y retourner. Ça sera la première que j’y serai sobre. Je vais enfin pouvoir en profiter !

Je suis une grande fan du groupe Bowling for Soup. Je sais que la santé mentale est un sujet très important pour eux, le chanteur Jaret Reddick, ayant lui aussi eu à vivre avec l’anxiété et la dépression. Le groupe a d’ailleurs repris une de vos chansons, HRSA, qui traite du sujet. Comment est-ce que c’est d’entendre sa chanson reprise par quelqu’un d’autre et comment avez-vous réagi quand vous avez entendu leur version?

Justin : Je suis honoré que Bowling for Soup ait repris cette chanson. Nos deux groupes faisaient des tournées ensemble dans les années 1990, on était des amis, on faisait la fête ensemble. En concert, Bowling for Soup jouait toujours HRSA. Ce n’est pas un secret, Jaret et moi souffrons de dépression. Quand ils l’ont repris récemment, c’était un bonbon. C’était un honneur que les légendaires Bowling for Soup jouent ma chanson. J’adore tellement ces gars et je suis fier d’eux.





Même si la situation due à la pandémie actuelle est très imprévisible, quels sont vos plans pour les prochains mois et la prochaine année?

Justin : Maintenant que This is what I live for est sorti, je vais être en studio de 10 h le matin à 6 h le soir à écrire, écrire et écrire. C’est comme ça que je vais garder les gens inspirés et intéressés. Je ne vais pas m’asseoir et me plaindre de la situation, je vais plutôt utiliser ce moment pour être le meilleur mari possible, le meilleur auteur, le meilleur artiste que je peux. Et puis, je vais m’entraîner pour ressembler à Brad Pitt dans Fight Club ! Nah…