Dan Bigras vient de lancer son dernier disque en carrière. DAN BIGRAS X 4. Live. est en fait un album double, enregistré en direct lors d’un spectacle au Théâtre Petit Champlain dans la Vieille Capitale. C’est avec fierté et sérénité qu’il m’en a parlé, lors d’une entrevue téléphonique.

Pourquoi as-tu préféré sortir un album live plutôt que dans une formule studio?

DB : « Je pensais l’avoir déjà fait mon dernier album. Finalement, je trouvais ça triste que ce soit une compilation. Je souhaitais que ça soit spécial, qu’on se soit donné et qu’on ait trippé. Financièrement, ce n’est plus viable d’en produire. Je ne peux plus risquer la faillite chaque fois que je sors un disque. On ne vend même pas 5 % de ce qu’on vendait. On doit apprendre à s’adapter. Je trouverais d’autres moyens de porter ma musique dans les oreilles des gens. »

Quand il pense à sa toute récente œuvre, il pense d’abord à ses musiciens. C’est d’ailleurs la raison du nom « DAN BIGRAS X 4. Live ».

DB : « Sans mes trois musiciens, on ne serait jamais arrivé à un tel résultat. Ils aiment l’expérience de studio. Cependant sur la scène, ils jouent jusqu’au bord de la crise cardiaque. On est tous des players, on joue tous avec nos tripes. »

De tout ce que tu as fait dans ta vie, de quoi es-tu le plus fier

DB : « Mon fils ! Il a appris à raisonner tout seul. Il a surement observé ses parents, mais il a fait ses propres choix (ce qui l’intéresse et ce qui ne l’intéresse pas). Je suis ultra fier de mon fils plus que n’importe quoi de ce que je fais. Sinon quelque chose d’utile, c’est sûr que je pense au Show du Refuge. Ça fait 30 ans. Ce show-là, c’est le quart du financement annuel récolté en une soirée. Quand j’étais jeune, je voulais changer le monde. C’est pour cette raison que j’ai commencé à m’impliquer. En vieillissant, tu t’aperçois que ce n’est pas tout le monde qui veut aider son prochain. Donc, tu dois t’adapter à eux. Ça te rend plus modeste sur ce que tu peux changer. Je voulais prendre des choses difficiles en dedans et en faire de belles choses le plus possible. »

Est-ce qu’il reste quelque chose sur ta to do list que tu n’as pas encore réalisée

DB : « J’ai fait tout ce que je voulais faire. Et même ce que je ne pensais pas que ferait un jour. La radio, par exemple, je ne m’y attendais pas du tout, mais j’ai eu la piqûre. J’ai beaucoup de plaisir à être animateur à 98,5 FM. C’est au-delà de ce que je voulais faire. »

Le Show du Refuge a dû s’arranger autrement que par la vente de billets pour ramasser des fonds. Comment vous êtes-vous organisé pour ramasser des sous?

DB : « Avec la campagne Nous comptons sur votre absence, on devait dire aux gens d’acheter leur billet, mais de ne pas venir ! C’est la première fois qu’on remercie les gens de leur absence ! Pour le spectacle, j’ai dit à la directrice : “Je vais casser le code”. Le code étant la formule standard qu’on connait, la scène d’un côté et la salle de l’autre.

J’ai vu quelques spectacles à la télévision et les applaudissements du public manquaient beaucoup. J’ai voulu casser cette ambiance. J’ai eu l’idée de mettre les musiciens et chanteurs en rond dans un espace plus petit. Ce qu’on a perdu en énergie du public absent, on l’a regagné en complicité. On a eu un fun de fou ! On se regardait dans les yeux tout le long. »

Finalement, plus de 600 000 $ auront été ramassés ce soir-là ! 

Crédit photo : Le Show du refuge 2020 @Laurence Labatt