Découvert à La Voix en 2016, Jonny Arsenault a parcouru bien du chemin depuis. Après avoir vécu l’expérience de tournée avec Les Brothers et avoir connu un beau succès radiophonique avec un premier extrait (La Promesse), il lancera son tout premier EP (Nos fêlures précieuses) ce vendredi 27 mars.

Quand tu penses à ton parcours à La Voix, qu’est-ce qui te rend le plus fier ?

De représenter mon coin, ma région surtout. Depuis une dizaine d’années, je fais de la musique un peu partout au Québec. La Gaspésie a toujours été derrière moi et je sentais que les gens étaient fiers de moi. J’étais fier de venir de cette région et de les représenter. Chaque fois que je franchissais une étape, j’avais comme l’impression que la Gaspésie franchissait une autre étape.

À l’opposé, qu’est-ce qui a été le plus difficile depuis ta sortie de la célèbre émission ?

Dans le monde de la musique, il y a toute sortes de personnes. Il y a du monde qui mette les participants de La Voix sur un piédestal, c’est-à-dire que des gens les considèrent comme leurs idoles ou les meilleurs artistes du monde parce qu’on passe à La Voix. Il y a aussi l’envers de la médaille que ça peut être dérangeant pour certaines personnes qui font déjà ce métier-là depuis longtemps de voir des petits nouveaux qui arrivent, qui font juste une émission et qui se retrouvent sur ce piédestal. Quelquefois, ça m’est arrivé que je me sentais, uniquement, comme le gars de La Voix qui se retrouve du jour au lendemain à faire des shows devant 10 000 personnes. Ça fait dix ans que je fais de la musique et j’ai autant ma place que n’importe qui. J’ai juste eu ce coup de pouce (de publicité) autour de moi. C’est le seul point négatif que j’ai ressenti, c’est que j’avais à prouver, après ça, que je n’étais pas seulement une personnalité connue de La Voix, mais que j’étais un bon musicien et un bon chanteur aussi. J’ai réussi à le faire dès que je suis sorti de là.

Vous pouvez écouter son premier extrait « Abygaëlle » en cliquant sur la photo

Est-ce que de faire de la musique avec Les Brothers a eu un impact sur ton son ?

Au cours de la vie d’un artiste ou d’un musicien, on rencontre des gens et ça nous permet d’apprendre de nouvelles choses. Je suis toujours intéressé et ouvert à entendre de nouveaux sons ainsi que des nouveaux chanteurs. Ce qui a teinté mon son, c’est surtout de fréquenter de nouvelles personnes aussi souvent. Un gars comme Dominic Dagenais que ça fait des années qu’il est dans l’écriture de chansons et dans la composition de musique, c’est sûr que je suis allé chercher quelques trucs de lui.

Est-ce que d’avoir fait de la scène avec eux t’a donné encore plus de confiance à l’aube de ta carrière solo ?

Tout à fait parce que Les Brothers, ça l’a explosé, dès les débuts, et on se retrouvait à faire des shows devant des milliers de personnes. Ça m’arrive dans ma carrière solo, mais pas autant assurément qu’avec Les Brothers. C’est venu teinter ma carrière solo aussi du fait qu’il y a beaucoup plus de monde qui m’a vu jouer grâce à ça. C’est venu teinter l’auteur-compositeur-interprète en moi qui avançait une étape à la fois.

Pourquoi avoir décidé d’opter pour un changement de sonorité entre La promesse et les pièces de Nos fêlures précieuses ?

Quand je parle de fêlures, ça ne parle pas nécessairement de blessures en tant que tel ; ce n’est pas aussi dark que ce que ça peut sonner. Je pense que c’est venu des textes plus profonds qui ont formé Nos fêlures précieuses. J’ai toujours été d’abord et avant tout un musicien. Depuis que je suis avec ma maison de disques, je suis entouré de personnes qui me poussent dans mon écriture et qui voient autant de potentiel et de talent dans mon écriture que dans ma musique. Depuis la parution de La promesse, l’écriture prend peut-être plus de place qu’avant. C’est ainsi que les paroles de Nos fêlures précieuses vont autant teinter la musique que la musique va teinter les paroles. Tandis que La promesse, j’ai l’impression que c’est la musique qui est mis beaucoup plus en avant que les paroles.

Crédit : courtoisie

Est-ce la raison pour laquelle La promesse ne figure pas sur Nos fêlures précieuses ?

La réponse plate : c’est une question de subventions; on a eu des sous pour un EP de quatre chansons. On a considéré que La promesse avait fait le chemin qu’elle avait à faire. Étant donné qu’on avait juste quatre chansons qu’on pouvait faire, j’avais envie d’en mettre quatre nouvelles, sinon ça aurait été juste La promesse et trois nouvelles chansons. J’avais envie de donner le plus possible de nouveau stock à mon monde. Je n’élimine pas l’idée que La promesse pourrait peut-être revenir, un jour, avec une nouvelle version sur un nouvel album. J’adore cette chanson-là et j’aimerais bien l’imprégner quelque part un jour.

Qu’est-ce que tu es le plus fier sur ton EP ?

Je suis particulièrement fier de mon équipe; les musiciens que je suis allé chercher et la maison de disques. Tous les musiciens que j’ai sur ce EP, ce sont mes musiciens préférés au Québec, carrément. Sam Joly (à la batterie) particulièrement, je rêvais de jouer avec ce gars-là. Sinon, c’est tout le travail que j’ai mis. La Voix, ça fait déjà quatre ans et même avant ça, j’avais envie de faire un album. Dans le fond, c’est surtout d’y être arrivé. C’est d’avoir monté moi-même mon équipe, d’avoir écrit mes paroles et d’avoir composé mes chansons. Il y a beaucoup d’artistes qui sortent de super chansons et des supers albums chaque deux ans, mais qui ont beaucoup d’aide en ce qui concerne les paroles et la musique. Ce que je suis le plus fier, c’est que tout part de moi et vient de moi, c’est moi à 100% cet album-là et même que je suis guitariste, drummer et bassiste. Mes chansons, c’est moi qui les a fait de A à Z.

Pourquoi ton opus s’appelle Nos fêlures précieuses ?

Je vois une fêlure comme une marque qu’on a à l’intérieur de nous. Tout part d’une discussion que j’ai eu avec quelqu’un, il m’a parlé des vases japonais dans la préhistoire. Quand quelqu’un brisait un vase, il le réparait en mettant de l’or dans de la colle. Donc, toutes les fêlures du vase devenaient brillantes. Ce qui s’appelait, autrefois, une œuvre d’art parce que ça avait été brisé devenait encore plus précieux et unique. Quand j’ai entendu ça, je suis allé voir des images sur internet et j’ai trouvé ça beau et très artistique de dire qu’une fêlure peut devenir notre plus bel atout et ce qu’on a de plus beau en dedans de nous, ce qui nous forme et ce qui nous rend encore plus précieux. [..] Tous les textes de cet album-là et toutes les personnes dont les textes parlent ont des fêlures précieuses. C’est toutes des fêlures, des marques, des sentiments et des refoulements, mais qui rendent tous ces gens-là encore plus fort et plus précieux.

Si on te propose un album demain matin, est-ce que tu souhaiterais faire la suite de Nos fêlures précieuses ou produire quelque chose de nouveau ?

C’est quelque chose qui m’inspire beaucoup justement les fêlures qu’on a en dedans de nous, mais qui finalement nous fait grandir. Je serai prêt à passer à autre chose, même si ça va toujours m’inspirer. Tout le processus qu’on a fait pour choisir les quatre chansons, je crois que la boucle est boucler pour ça. J’irai ailleurs, je crois.