Pour plusieurs, les vacances du temps des Fêtes commenceront le 23 décembre. Quoi de mieux que d’entamer cette belle période par un concert de Noël à la radio sur la chaîne ICI Première ? C’est ce que Pierre Lapointe nous offre en cadeau, cette année, et il nous promet un moment magnifique, un peu inquiétant, et tout en humour. Il en parle d’ailleurs avec nous !

Parle-moi du lancement de Chansons hivernales qui sera radiodiffusé le 23 décembre prochain sur Ici Première…

Quand Radio-Canada m’a approché au moment où je sortais un album de Noël, on a sauté sur l’occasion. On était super content. Déjà, ça fait travailler des musiciens. Je crois que les gens hors milieu ne se rendent pas compte de l’étendue de la crise. J’ai un nombre absolument extraordinaire de personnes autour de moi qui retournent à l’école en janvier pour devenir enseignants, inspecteurs en bâtiment, architectes paysagistes parce qu’ils n’ont plus de source de revenus. Ce sont des concepteurs d’éclairage, des musiciens et ils ne sont pas reconnus par le Conseil des Arts comme des artistes créateurs. Quand Radio-Canada nous a approchés pour faire ce projet, je me suis dit que j’allais faire travailler cinq musiciens et que c’était super. J’étais content aussi parce que c’est une façon de souligner la sortie de cet album. Par ailleurs, mon rapport à la musique et à la radio a changé beaucoup au cours des derniers mois, durant le premier confinement. Je me suis remis à écouter la radio et à écouter de la musique, mais pas à l’entendre ou en comblant une sorte de vide avec ça. J’écoutais de la musique. J’ai réalisé que la chanson peut être réparatrice, elle peut faire du bien. Ce concert radio qu’on fait, on le fait un peu comme si on était dans le salon des gens avec eux. C’est super relaxe et convivial et pour moi, c’est une façon de réconforter les gens le 23 décembre, de contrer leur solitude, de faire du bien avec la musique. C’est un moment très léger, très agréable et assez drôle. Pour moi, ça comble beaucoup de mes objectifs de vie cette année.

Dans une critique de Chansons hivernales, on a pu lire : «Pierre Lapointe réussit là où trop de musiciens échouent : faire un album du temps des fêtes de chansons originales qui n’est pas quétaine», que penses-tu de ce genre de commentaire?

Ça me fait plaisir, déjà ! Les critiques sont assez positives ici, comme en France. C’est un exercice délicat de faire un album de Noël, parce qu’il y a une connotation un peu quétaine. Ce genre de commentaire, je le vois comme une réussite. J’ai choisi une équipe, j’ai choisi le réalisateur Emmanuel Ethier, entre autres, parce que c’est un gars hyper cool dans le sens coolness. C’est un gars qui n’est pas à la mode, mais qui est à la mode en même temps. Je suis allé le chercher en lui disant qu’on allait jouer avec tout ce qui est quétaine de Noël : les clochettes, les chœurs et des mélodies super catchy. Mais je savais qu’en passant par lui, ça ne serait jamais quétaine parce qu’il aurait les bons réflexes pour amener les chansons au bon endroit. C’est un exercice qui est délicat, mais j’étais bien entouré. Je pense que ce qui fait que ce n’est pas quétaine aussi, c’est que je me suis dit que je ferais un album de Noël pour aller chercher les gens qui n’aiment pas Noël et qui sont énervés par les albums de Noël. Je voulais mettre assez de substance et de chaire autour de l’os à chacune des chansons pour que les gens assez critiques soient surpris et soient pris de court.

CP : Karine Dufour | Tout le monde en parle

Qui t’accompagnera lors de ce concert?

En fait, plusieurs personnes m’accompagneront comme Mélissa Laveaux et Dominique Fils-Aimé qui viendront chanter avec moi. Mélissa Laveaux a participé d’ailleurs à l’écriture de la chanson Noël Lagouwou et je chante avec elle en créole notre bébé chanson à nous deux. Il y a aussi une reprise qu’on fait, Dominique Fils-Aimé et moi. J’ai rencontré Dominique à La Voix, mais on n’avait jamais chanté ensemble. Je me suis dit que ça se ferait, je l’ai donc invitée sur le show de Noël. Ce sont mes deux invitées, mes deux belles chanteuses qui viennent chanter avec moi.

Comment est venue l’idée de collaborer avec Mika pour la chanson Six heures d’avion nous séparentet comment s’est passée l’expérience à distance?

Cette chanson est une création à trois avec Alma Forrer et Benjamin Porraz. Alma Forrer, qui est auteure-compositrice à Paris, fait partie de mon cercle d’amis et Benjamin Porraz est un guitariste qui m’a déjà accompagné dans le passé. On a écrit cette chanson à trois et à mesure qu’elle avançait, on a réalisé que c’était un duo. On l’a placée entre Paris et Montréal et pour ne pas tuer la théâtralité de la chanson, j’ai décidé de la chanter avec quelqu’un qui était en Europe. Mika habite Florence et non Paris, mais dans le jeu ça marchait. On a sorti beaucoup de noms, mon gérant et moi, de gens avec qui j’aurais pu chanter ce morceau, mais le premier nom sur la liste, c’était Mika. On s’est dit qu’il n’y a rien de trop beau pour la classe ouvrière, on va le proposer à son équipe pour voir comment il va réagir. De fait, il a accepté tout de suite. Je l’ai rencontré une fois, mais on n’est pas proche. On a travaillé à distance, lui a enregistré sa partie à Florence et il nous a envoyé sa voix. On l’a travaillée, on lui a fait approuver et il a adoré. On s’est écrit depuis et on s’est dit qu’on allait prendre le temps de bouffer ensemble si la COVID nous le permettait quand il passerait par Montréal.

Est-ce que le concept d’écriture de cette chanson était déjà une idée que tu nourrissais dans ta tête avant la pandémie?

En fait, la première ébauche est arrivée par Alma Forrer et Benjamin Porraz. Dans la section de chanson qu’ils avaient commencée, c’était Il neige sur Paris. Et je me suis dit que j’allais écrire un autre couplet, qui est Il neige à Montréal et là, c’était le plaisir de trouver des rimes en i et en al. J’ai trouvé des phrases qui me font beaucoup rire comme J’espère que toi aussi t’as mal, ce soir il neige à Montréal. C’est simple, mais il fallait quand même y arriver à cette simplicité. C’est là qu’on a réalisé que je pouvais la chanter tout seul, mais que c’était intéressant de la chanter en duo avec quelqu’un d’autre.

Sur la pochette de ton album Chansons hivernales, on te voit habillé en coureur des bois. Pourquoi avoir choisi cette image très clichée?

C’est un portrait qui a été fait il y a deux ans déjà par Pierre et Gilles, un couple de portraitistes mythiques français qui sont installés un peu en périphérie de Paris. Pierre et Gilles ont vraiment photographié tout le monde, de Madonna et Marilyn Manson à Serge Gainsbourg et Sylvie Vartan. Tous les grands noms de la chanson sont passés par leur studio. Je suis le premier Canadien/Québécois de l’histoire à être immortalisé par ces deux-là. Je les ai invités à venir voir un de mes concerts à Paris, ils sont venus et ils ont aimé ce qu’ils ont entendu. Ils m’ont proposé de m’immortaliser. Je suis fan de leur travail depuis que je suis adolescent alors pour moi, c’était un grand moment dans ma vie d’entrer dans leur atelier. Ils m’ont dit qu’il voulait me mettre dans un décor hivernal, mais ils n’avaient aucune idée de comment m’habiller. Ça fait des années que je vais en France et que je me bats contre l’espèce de stéréotype du Québécois (caribou, tabernacle), car on est vraiment autre chose que ça. Pierre et Gilles, qui sont comme les rois du kitch, prennent les clichés et en font de vrais bijoux magnifiques. J’ai dit parce que c’est vous, je suis prêt à aller à 200 km/h là où je n’ai jamais voulu aller, soit dans le cliché du Canadien Québécois, coureur des bois, trappeur. Ils ont trouvé ça très drôle et on devait faire un autre portrait en mars dernier, quand je devais aller jouer à Paris. Le show a été reporté en mai, puis en janvier et là il vient d’être annulé. On n’a donc pas pu refaire un autre portrait pour l’album. Je leur ai plutôt offert d’acheter les droits pour utiliser cette photo qui fonctionne très bien avec l’album parce qu’on y sent de l’humour, mais il y a quelque chose d’un peu inquiétant. J’ai du sang sur les mains, j’ai une larme qui coule sur ma joue, je tiens une arme à feu. En même temps, c’est magnifique. Il y a quelque chose de quelque peu ridicule. Et l’album, c’est tout ça. C’est beau, c’est inquiétant, c’est ridicule, c’est drôle donc finalement, c’est une bonne chose que se soit arrêté à cette image.

Est-ce que tu penses faire de ce spectacle un spectacle physique dans les prochaines années, quand la situation le permettra?

Oui, c’est clair ! Pour moi, le concert radio, c’est une super expérience, mais c’est surtout une façon de compenser le fait qu’on ne puisse pas tenir de concerts cette année. C’est clair que je veux faire des concerts de Noël dans les années qui s’en viennent. Si la pandémie disparait l’automne prochain, on risque d’entendre la nouvelle, qui circulera, que je fais un show.

CP : Karine Dufour | Tout le monde en parle

En terminant, tu disais plus tôt que tu voulais convaincre ceux qui n’aiment pas Noël d’aimer ça. Mais que leur dirais-tu pour les inciter à écouter ton concert le 23 décembre?

C’est simple ! Ça dure une heure. Donc, si vous n’aimez pas ça. Vous n’aimerez pas ça pas longtemps (rire). Pour moi, c’est un cadeau de l’avoir fait et c’est une façon de faire du bien avec la musique. À partir du moment où vous aimez la musique, j’ai de super bons musiciens autour de moi. Juste de les entendre travailler et parler, ça vaut la peine. Il y a plusieurs moments inédits dans ce show et ça reste un beau moment.

Crédit photo (photo principale) : Kelly Jacob