Quatre mois, c’est la période que vous avez été confinés chez vous dans votre petit appartement à cause de la COVID-19. Pour le Quatuor Lunes, cette période consistait plutôt à la création de son groupe jusqu’à la proposition de faire partie du spectacle Rallumer les étoiles dans la prairie voisine de la Chapelle du rang 1 à Lac-Mégantic avec Charlotte Cardin, Safia Nolin, Pomme et Clay & Friends dès 18 h 30. 

C’est en janvier 2020 que le Quatuor Lunes est né : « Je connais Marilou et Marjorie depuis longtemps comme nous avons étudié au Conservatoire de musique de Québec. Ensuite, Marjorie a rencontré Marion au Conservatoire de musique de Montréal et elle avait adoré collaborer avec elle », s’exclame Catherine Mailloux. Autour d’un café, cette dernière leur a dit qu’elle aimerait former un quatuor entièrement féminin… une rareté dans le milieu.

« Je désirais qu’on soit ouvert à toutes sortes de projets, à jouer tout ce qui nous tente et ne pas juste nous restreindre à l’univers du classique. On souhaite devenir un quatuor multidisciplinaire. C’est agréable de pratiquer autre chose que ce dont on était habitué à l’école. On espère aussi pouvoir aider de jeunes artistes émergents qui sortent de l’université», indique-t-elle.

Légende : Catherine Mailloux a commencé le violon à l’âge de 9 ans en concentration musique à l’école St-Édouard. Elle gagne de l’expérience de scène en étant membre de l’école de la Troupe V’là l’Bon Vent de Québec. À 11 ans, elle rentre au Conservatoire de musique de Québec dans la classe de Jean Angers. Elle obtient son baccalauréat en 2019 avec Catherine Dallaire comme enseignante. Elle continuera un diplôme d’études spécialisées avec Marianne Dugal dans l’optique de décrocher une audition d’orchestre professionnel. En plus d’être membre fondatrice du Quatuor Lunes, elle est cheffe de chœur et des musiciens de la Troupe V’là l’Bon Vent.

Création d’un quatuor + Pandémie = Envol de leur projet

Tout juste avant que la COVID-19 frappe le Québec, le quatuor commençait à peine à répéter : « C’est quand même drôle de commencer un quatuor en ligne», confie Marjorie Bourque. En peu de temps, leurs réseaux sociaux se sont enflammés : « Cela montre le pouvoir des réseaux sociaux parce qu’on a atteint un grand public rapidement. C’est dû aussi à la pandémie puisque les gens regardaient davantage sur leur téléphone et passaient plus de temps sur Facebook. En fin de compte, cela a donné de belles choses pour nous. Cela a permis de développer une éthique de travail autre que de se réunir et de pratiquer. »

Proposition en or

En se promenant sur Facebook à l’automne 2019, Marilou Lepage a remarqué une publication de la Chapelle du Rang 1 de Lac-Mégantic dans laquelle il demandait des suggestions d’artistes pour la prochaine saison (celle de 2020) : « En regardant les photos, je trouvais l’ambiance très chaleureuse avec la chapelle tout en bois. Je me disais que ça devait sonner très bien des concerts de classique et de musique de chambre dans cette salle. J’ai littéralement tenté ma chance en contactant l’adresse courriel fournie par leur page Facebook pour savoir si l’organisation aimerait présenter une telle série de spectacles. Hubert Lavallée m’a répondu que mon idée lui plaisait. COVID-19 est arrivé; ce qui a provoqué l’annulation de notre projet, malheureusement. »

Deux mois plus tard, le propriétaire de la Chapelle est revenu à la charge en lui proposant d’embarquer dans une aventure singulière : « Je viens de découvrir ton nouveau quatuor. Imagine un concert dans un champ sur une scène avec votre formation, est-ce que vous êtes intéressé? » En tant que premier contrat, c’était une merveilleuse tribune : « En plus d’accompagner des artistes établis, ce sont des interprètes uniques par leur style. Commencer avec eux, on prend une énorme bouchée pour un premier spectacle. On est encore un bébé quatuor ! »

«Honnêtement, je voyais ce genre d’opportunités dans 5-6 ans quand notre nom serait plus connu. Alors, je trouve cela complètement incroyable. C’est gros de se retrouver sur la même scène que Charlotte Cardin, Safia Nolin, Pomme et Clay & Friends», confie Marilou.

Légende : Marilou Lepage a commencé au violon au Conservatoire de musique de Québec (dans la classe de Julie Cossette) en route vers un diplôme d’études collégiales. Ensuite, elle a déménagé à Montréal. Après avoir entamé ses études en enseignements de la musique à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), elle est, finalement, revenue en interprétation et elle a fait connaissance avec l’alto grâce à son professeur Frédéric Lambert. Après avoir complété un diplôme d’études supérieures spécialisées (D.E.S.S) en interprétation à McGill en 2020, elle commencera sa maîtrise cet automne avec André Roy.

Satisfaire un «fantasme»

Pendant l’heure du souper, les quatre musiciennes monteront sur la scène pour un spectacle créé sur mesure de 60-90 minutes. Pour l’occasion, elles ont adapté leur prestation pour plaire au public. En plus de livrer des pièces classiques, elles incluront des parties de chansons à la sauce populaire : « Il est important de ne pas jouer des quatuors complets dans ce genre d’événements pour capter l’attention de tous, malgré les distractions qui se passent autour! Je souhaitais que les gens se reconnaissent en rendant la musique accessible. »

Comme elles désiraient présenter quelque chose de très ambiant, calme et porteur d’images, elles ont choisi d’interpréter Relation en 4 mouvements de Philippe Paquet : « Je trouvais que c’était idéal comme cela correspond parfaitement à l’ambiance qu’Hubert Lavallée voulait créer pour ce concert. » En jouant une partie de l’œuvre de Charlie Chaplin, Marjorie réalisera « un de ses petits fantasmes». Elle a demandé un arrangement du regretté Britannique au violoncelliste Simon Desbiens.

Légende : Marjorie Bourque a débuté le violon en Beauce où elle a suivi des cours privés pendant deux ans. En arrivant à Québec, Julie Cossette lui a enseigné son instrument de prédilection avant de rentrer au Conservatoire de musique de Québec avec cette même professeure. Après avoir décroché un baccalauréat, elle a déménagé à Montréal en 2017 pour compléter une maîtrise (en 2019). Elle fait aussi partie du Montreal Rhapsody Orchestra (un groupe pop-classique avec des mandats corporatifs à travers le monde). La violoniste retournera aux études en septembre avec Marianne Dugal.

Le clou du spectacle

Le Quatuor Lunes ne se contentera pas de présenter un set en solo, les quatre demoiselles accompagneront chaque interprète le temps d’une chanson (Faufile avec Charlotte Cardin, Une minute avec Pomme & Safia Nolin et C’est tout avec Clay & Friends). C’est le dynamique Antoine Gratton qui les a aidés à s’approprier les chansons sélectionnées : « Ses arrangements sont extraordinaires. Ça sera mon premier spectacle en vrai depuis un bon bout de temps. Je serai en compagnie d’artistes incroyables devant un public de 150 personnes, je sens que ça sera magique », souligne Marilou.

En plus de cette magnifique tribune pour se faire connaître, elles auront la chance de jouer devant le Québec tout entier puisque la diffusion est prévue à l’antenne de Télé-Québec en octobre prochain : « On est polyvalente, on est jeune, on vient d’être créé et on est un quatuor classique. C’est rare que des ensembles comme nous profitent d’une telle vitrine. Donc, je me considère vraiment chanceuse», révèle Marilou. « C’est une belle occasion de faire découvrir un plus grand répertoire à ceux qui n’en entendent pas dans leur vie quotidienne», affirme Catherine.

Débat sur le «changement des mentalités»  

« Par le passé, j’ai présenté des concerts dans ma ville d’origine où j’expliquais aux gens que la musique pop a, souvent, des inspirations de certaines musiques classiques. C’est important de créer des liens, c’est ce qui permet à la musique classique de devenir plus accessible. On doit rendre l’écoute plus agréable et défaire les clichés que c’est interminable, ennuyeux et pour un certain groupe qui s’y connaît. » – Marjorie Bourque.

« Même si je jouais du violon dans mon enfance, je n’écoutais pas nécessairement de la musique classique. Je trouvais ça, un peu, monotone parce que c’était de longue durée et que ça rappelait l’école. Plus je vieillis, plus j’en entends et plus je me dis que c’est un moyen de s’évader. C’est comme une méditation et tu rentres dans ton monde.» – Catherine Mailloux.

« La musique classique, c’est tellement large et cela englobe tellement d’époque et de styles. Tu peux ne pas aimer une œuvre et penser que toutes les sonorités classiques ressemblent à celle-là. Quand tu découvres quelque chose de nouveau, cela peut te donner envie d’approfondir en cherchant davantage dans le répertoire. » – Marion Portelance.

Légende : Marion Portelance se qualifie du « bébé » de la formation. Elle complète actuellement son baccalauréat au Conservatoire de musique de Montréal avec Carole Sirois, classe à laquelle elle s’est jointe en 2016 pour son diplôme d’études collégiales. Contrairement aux autres demoiselles du quatuor, elle a toujours habité à Montréal. Elle a commencé à jouer du violoncelle à l’âge de 4 ans et demi avec Janick Simard (École des jeunes de la faculté de musique de l’Université de Montréal).

« Beaucoup de personnes me disent qu’elles aimeraient qu’on aille un interprète vocal. En même temps, on adorerait collaborer avec toutes sortes d’artistes ainsi qu’en jouant avec d’autres instruments et notre répertoire. En présentant nos pièces, on essaie d’établir un contact verbal avec le public. Bref, on doit parler aux gens afin de défaire la barrière entre la scène et l’auditoire. » – Marjorie Bourque.