Dans une lettre percutante publiée sur La Presse, le dramaturge Serge Denoncourt a fait une révélation surprenante au sujet d’Edgar Fruitier. Il a affirmé avoir subi des attouchements de la part du vieil homme.

Voici ce que le metteur en scène a écrit :

« Cet homme a abusé d’un jeune à plusieurs reprises. Cet homme protégé par le milieu (mon milieu), et ce, depuis longtemps. Depuis toujours. On savait. On savait tous.

Edgar Fruitier fréquentait régulièrement de jeunes hommes, souvent acteurs. Des garçons qui devaient subir ses attouchements et ses insistances. Avec nous tous, ses confrères, qui faisions mine de rien.

J’en parle parce que j’ai moi-même subi les attouchements de M. Fruitier.

En 1984, j’étais un jeune acteur et je partageais une loge avec Edgar. La production avait pensé que ce serait rigolo de nous faire cohabiter dans une pièce minuscule, porte close. Dans une loge où je m’habillais et me déshabillais chaque jour, parfois deux fois par jour, pendant six semaines. Rapidement, j’ai subi les attouchements, les harcèlements, les tripotages insistants et fougueux de M. Fruitier. Dans ma loge. Seul avec lui.

J’avais 22 ans à l’époque et j’avais déjà un caractère bien trempé. Je n’ai gardé aucune séquelle de cet épisode. Je n’ai aucun traumatisme. Pourtant, pour un jeune acteur qui veut faire carrière, repousser et dénoncer Edgar Fruitier était périlleux. Il était un gentil monsieur, à l’orée de la quarantaine. Aimé de tous. Parfois moqué. Personne ne voyait rien de bien grave dans ses écarts de comportement. C’était l’époque. C’était comme ça. Edgar n’était pas le seul. D’autres aussi en profitaient et nous étions tous complices ».

Serge Denoncourt a décidé de prendre son courage et de tout raconter à la direction du théâtre. La réponse n’a pas été celle à laquelle il s’attendait. Le metteur en scène a précisé que ces gestes odieux n’avait jamais eu sur lui de « séquelle grave ou de traumatisme insurmontable causés par ces inconduites ». « Un malaise dans la loge, bien sûr. Un inconfort à son contact, évidemment. La peur d’avoir saboté ma jeune carrière, oui. C’est à peu près ça », a-t-il ajouté.

Mais quand je pense à Jean-René Tétreault et à tous ceux qui ont subi les attouchements et les abus sexuels d’Edgar Fruitier et qui se sont tus, qui n’ont pas voulu dénoncer parce qu’ils avaient peur des représailles ou des conséquences néfastes pour leur carrière, qui en ont gardé un souvenir douloureux, je suis troublé », a-t-il confié à La Presse.