L’univers d’Yves P. Pelletier a toujours étonné et déstabilisé la plupart d’entre nous ! Auteur, réalisateur, acteur, humoriste, scénariste, ce grand homme de la sphère artistique québécoise est sans contredit un artiste multidisciplinaire qui sait se démarquer dans tout ce qu’il entreprend.

Pour celles et ceux qui le connaissent moins, Pelletier est né à Laval et s’est principalement fait connaître comme étant le grand maigre du groupe d’humour Rock et Belles Oreilles, entre 1981 et 1995. Au cinéma, il n’est pas passé inaperçu dans Karmina 1 et 2, ainsi que dans Camping sauvage, et en tant que réalisateur il a su toucher le cœur des gens avec son film à succès Les Aimants.

Au petit écran, nous nous sommes tous attachés à son personnage de Pascal dans Histoires de filles, mais il a aussi incarné quelques rôles ici et là dans plusieurs téléséries québécoises. On peut dire qu’Yves P. Pelletier est un homme accompli et novateur ! En effet, il est l’un des premiers artistes québécois ayant utilisé autant l’absurde dans ses créations.

Rapidité d’esprit et calembours

Hier soir, c’est au Monument-National que l’humoriste a présenté son tout premier spectacle solo intitulé Moi ? et cela à 57 ans ! Initialement sur scène avec ses acolytes de Rock et Belles Oreilles, Yves P. Pelletier présente pour la première fois un spectacle solo et s’en sort plutôt bien. Effectivement, son expérience professionnelle a su servir l’homme puisqu’il semblait en pleine possession de ses moyens.

Malgré un début de spectacle plus ou moins réussi — les blagues semblaient ne pas faire écho dans la salle —, il a habilement su remonter la pente et faire rire les spectateurs jusqu’à la fin. En effet, les trente premières minutes laissaient parfois de marbre les centaines d’amis, admirateurs et journalistes présents dans la salle, n’arborant qu’un sourire en coin. Manque de punch ? Peut-être ! C’est au moment d’interpréter quelques-uns de ses fameux personnages que la foule s’est enfin dégourdie.

L’entièreté du spectacle suit le fil conducteur du thème de « l’identité ». En effet, à l’aube de ses 58 ans, l’humoriste avoue ne pas trop savoir qui il est réellement, ce qui explique le titre du spectacle. C’est avec humilité qu’il s’avoue être dans une crise existentielle depuis des années.

Des personnages connus du public

Il n’est pas difficile de croire qu’il doit avoir bien des « petites voix » dans sa tête qui l’aide à créer d’aussi étranges personnages ! Le spectacle de Pelletier repose aussi sur trois aspects importants. Premièrement, son discours personnel où l’on en apprend un peu plus sur lui et où il s’ouvre sur ses qualités, ses défauts, ses rêves et aspirations.

Ensuite, il incarne ses personnages connus du grand public qu’il s’amuse à interpréter au plus grand bonheur de ses fans, et finalement, son intelligence et sa rapidité d’esprit sont deux qualités qui se démarquent pendant la soirée. Qu’on se le tienne pour dit, Yves P. Pelletier est un maître dans l’art des calembours et des jeux de mots. Il sait très bien écorcher quelques artistes au passage de sorte que les spectateurs n’ont même pas le temps de réagir qu’il enchaîne immédiatement avec une autre idée.

Son imaginaire est une suite déferlante d’idées et de bitcheries bien placées. Conséquemment, son débit est d’une rapidité incroyable, et par moments, il est facile de perdre le fil. Ce n’est pas peu dire, il faut absolument rester vigilant sans quoi on s’y perd.

Un retour aux sources

Le spectacle est présenté dans un décor sympathique qui rappelle son enfance ; on ressent une certaine nostalgie des années passées, ce qui viendra aussi toucher les spectateurs, puisque l’humoriste sort de vieux personnages des oubliettes : on peut penser à Stromgol l’extra-terrestre, M. Caron ou Swami Fréchette et Capharnaüm qui se partagent un numéro sur la religion.

On aurait été heureux de les voir un peu plus longtemps, puisque leurs apparitions n’étaient que de courte durée. Son numéro le plus impressionnant, l’arrivée de Cherze Siachon, est une vraie prouesse intellectuelle ! Il nous donne des cours de dyslexie et s’amuse à torturer la langue française de tous les côtés ! Son numéro sur les voyages et sa passion pour les découvertes d’autres pays était très bien réussi, tout comme celui du bulletin de nouvelles pour malentendants.

Finalement, peut-on vraiment savoir « qui est Yves P. Pelletier » après ce spectacle ? Somme toute, on apprend à le connaître davantage et on revit de beaux moments en revoyant sur scène des personnages qui datent de plus de vingt ans. Yves P. Pelletier sera en spectacle à Québec le 30 janvier prochain à la salle Albert-Rousseau. Une supplémentaire montréalaise, le 20 avril, a été annoncée ce matin, s’ajoutant aux deux autres prévues les 18 et 19 janvier.