Présentée par la Red Bull Music Academy et Phi, en collaboration avec DHC/ART Fondation pour l’art Contemporain, la première nord-américaine de Björk Digital est à Montréal jusqu’au 12 novembre prochain.

Signée par Björk elle-même, cette exposition se veut une immersion virtuelle dans l’œuvre de l’artiste islandaise à travers cinq expériences de réalité virtuelle, de projections de ses vidéoclips (certains connus, d’autres moins) et d’un espace éducatif interactif.

Je l’avoue et je m’assume, je suis un fan fini de Björk. Je possède ses 250 CD et singles en provenance de partout sur la planète. J’ai tous ses spectacles en DVD et je ne manque jamais d’aller la voir lorsque ses tournées passent à Montréal. Je scrute intensément tous les concepts qu’elle a su faire vivre à travers ses albums et l’ai suivi dans les bons et les moins bons moments de sa carrière.

Pourtant, je ne savais pas du tout à quoi m’attendre pour Björk Digital. Très peu d’informations étaient sorties, mais ma curiosité naturelle a pris le dessus et je me suis inscrit en prévente.

Incursion dans un monde inconnu

Björk Digital se décline en six étapes différentes. Cinq chansons de l’album Vulnicura représentées à l’aide de la réalité virtuelle en plus du visionnement de tous ses autres vidéos en carrière (plus de deux heures en continue, de son album Debut à Biophilia) dans un espace cinéma ou les gens peuvent s’asseoir directement sur le sol à travers des coussins. Une salle est aussi dédiée à l’application Biophilia qui avait été lancée il y a cinq ans et qui explore le fonctionnement de la musique à travers diverses activités représentées par chacune des chansons de l’album du même nom.

Exposition inspirée de l’album Vulnicura

Vulnicura de Björk a pour thèmes sa peine d’amour, son désespoir, son deuil. Cet album est si beau et à fleur de peau qu’il nous en crève le cœur. Largement inspiré de sa séparation avec l’artiste Matthew Barney, le père de sa fille de 12 ans, cet album se concentre sur la tempête d’émotions qu’elle a vécues lors de cette dure période à passer. Vulnicura est le 9e album de Björk et son plus intime, honnête qu’elle aura produit à ce jour. Elle se dévoile comme jamais.

Premier arrêt : Black Lake

On s’assoie sur un banc pivotant, on installe un casque et des écouteurs et la magie opère. On se retrouve dans une grotte ou est projetée des séquences vidéo de Black Lake. On s’adapte tranquillement à cette nouvelle technologie. On regarde devant, de côté, derrière… on perd le contact avec la réalité et on s’insère dans l’univers intime de Björk. J’ai été épaté dès la première projection.

Deuxième arrêt : Stonemilker

Même principe, on s’assoie sur un banc, on met l’équipement et ça commence. C’est ici que je ne tenais plus sur ma chaise! On se retrouve sur une plage en Islande. Björk apparaît et nous chante de si près et de façon si intime que j’ai vraiment eu l’impression qu’elle était là que pour moi. L’intimité en est pratiquement gênante, mais tellement magnifique. De tout bord tout côté, le paysage de l’Islande, un phare, les vagues et Björk qui nous chante la pomme… puis elle se multiplie, on ne sait plus ou regarder tellement on ne veut rien manquer du moment. Une réussite magistrale!

Troisième arrêt : Mouth mantra et Quicksand

Mouth mantra était assurément la plus bizarre des projections. On se retrouve dans la bouche de Björk pendant qu’elle chante. Des muqueuses, des dents, je crois qu’il faut être dentiste pour vraiment apprécier le moment. De mon côté, ça m’a plus créé un malaise qu’autre chose. Tellement que je me disais : « Ben voyons, elle a donc bien du tartre sur les molaires! »

À la suite de Mouth mantra, on peut apprécier Quicksand qui met en scène une Björk portant une coiffe imprimée en 3D qui s’agite et qui s’illumine de tous ses feux! C’était magnifique. Encore une fois, on peut apprécier la réalité virtuelle à son meilleur! C’était fascinant de regarder les explosions de couleurs.

Quatrième arrêt : Family

Ok, c’est définitivement ici le clou du spectacle! Nous sommes chanceux, c’est ici à Montréal qu’a lieu la première mondiale de Family, une œuvre interactive réalisée par Andrew Thomas Huang, avec une codirection artistique assurée par Björk et James Merry.

Debout, en équipe de deux, la réalité virtuelle est poussée jusqu’à tenir dans ses mains deux dispositifs qui se changent en mains lorsque l’univers virtuel prend le relais. C’était incroyable! Je me sentais comme si j’étais dans le film Tron. Complètement englouti dans un univers virtuel – j’en ai encore des frissons!

La seule directive qu’on nous donne : « vous allez vivre la peine d’amour qu’a vécue Björk. Vous devrez rafistoler son cœur à l’aide des fils qui sortiront de son cœur. »

«Pour moi, Family est l’œuvre centrale de l’album Vulnicura et je suis ravie de compléter ce projet avec Andy et James. Par la réalité virtuelle, nous avons tenté de capturer le voyage métaphysique de la guérison d’une blessure au cœur et nous espérons que le public pourra le vivre avec nous!», indique Björk. (Citation tirée du site web de l’exposition)

Peine d’amour? J’ai rarement senti quelque chose d’aussi hypnotisant! Une Björk en 3D apparaît dans un monde  en 360°, des filaments sortant de son cœur. Les dispositifs que je tiens dans les mains se sont transformés en mains et je prends ces filaments (en cliquant sur un boutons sous le dispositif – c’est très simple) et ils tournent devant moi, derrière moi, partout quoi. Une explosion de couleurs et de beauté étaient présents à chaque moment de cette activité. Je ne voulais pas que ça s’arrête… mais toute bonne chose a une fin! Quelle expérience mémorable!

Cinquième arrêt : Cinéma

Une salle de projection présentant la vidéographie de l’artiste est mise à la disposition des visiteurs. Pour les fans de Björk comme moi, cette partie de l’exposition était un peu moins intéressante puisque j’ai déjà tous ses vidéos sur DVD. Je ne me suis donc pas attardé longtemps. Surtout que je commence à me faire vieux pour m’assoir sur le plancher sur quelques maigres coussins. Par contre, pour quelqu’un qui n’a pas vu les vidéoclips de l’artiste, le fait qu’ils soient sur grand écran ajoute une dimension intéressante à leur visionnement.

Sixième et dernier arrêt : l’application interactive Biophilia

Une grande table est au centre d’une grande salle ou plusieurs tablettes sont disposées afin que les gens puissent expérimenter l’application Biophilia, composée d’instruments/applications de musique fabriqués sur mesure. Les gens sont donc encouragés à explorer les domaines de la musicologie, des sciences et des technologies, en plus des forces physiques, des processus et structures physiques qui leur sont propres. Ça a l’air bien compliqué, mais si vous faites comme moi, vous n’avez qu’à sélectionner les animations sur chacune des chansons et vous vivrez l’expérience sans devoir lever le petit doigt. Sinon, libre à vous d’expérimenter! Cette application est offerte dans les cours de musique de certaines écoles et est conçue pour apprendre la musique d’une façon originale. Vous pouvez aussi tout simplement l’acheter chez votre fournisseur d’application et l’expérimenter sur votre tablette ou téléphone intelligent. Elle n’est malheureusement pas compatible avec toutes les versions Android.

Ne manquez pas d’expérimenter Björk Digital!

Bref, ne manquez pas Björk Digital, cette première nord-américaine qui, je ne sais pas par quel miracle, s’est arrêtée à Montréal pour notre pur plaisir! Profitez-en jusqu’au 12 novembre prochain! Qu’attendez-vous?

Pour plus d’information ou pour réserver votre place : https://phi-centre.com/evenement/bjork-digital-fr

Photo : Mouthmantra ; Jesse-Kanda