Les femmes à la tête d’un groupe d’hommes étaient à l’honneur le 1er septembre au Métropolis de Montréal (que les rénovations en façade nous rappellent qu’il changera bientôt de nom pour MTelus). Le tout commençait très tôt pour un vendredi soir, et c’est à 18 h que montait sur scène le premier groupe.

Comme je finissais de travailler à 19 h 30, je n’ai pas pu assister aux deux premières performances de la soirée. C’est le groupe de métal symphonique de l’Ohio Elantris, avec en son sein la chanteuse Lindsay Victoria Ketchum, qui ouvrait les hostilités. Il a été suivi par Insomnium de Finlande. La formation de death métal mélodique est la seule ce soir qui ne possède pas une chanteuse dans ses rangs. La table était bien mise pour les deux têtes d’affiche.

Apocalyptica-LB-FR_317288447

Je me dois de vous dire que j’ai une relation bizarre avec les Italiens de Lacuna Coil qui dure depuis déjà plus de 18 ans. L’album In a Reverie en 1999 a été un des premiers disques qui m’a ouvert la porte au métal européen plus mélodique et le groupe est définitivement le premier que j’ai aimé dans l’univers du métal où une femme chante en premier plan.

Mais après le succès surprise aux États-Unis de Comalies en 2002, j’ai toujours trouvé que les membres avaient perdu leurs âmes et qu’ils ne proposaient plus que du hard rock FM, éternellement à la recherche du single qui les propulserait de nouveau dans les palmarès des meilleures ventes au pays de l’Oncle Sam.  La sortie de Delirium l’an passé m’a malgré tout donné un léger espoir, car celui-ci est définitivement le meilleur qu’ils ont produit depuis longtemps.  C’est donc avec un enthousiasme certain que je me présente devant eux ce soir et à sentir l’ambiance dans la salle, je ne suis pas le seul à les attendre de pied ferme.

Il n’y a pas à dire, ils ont mis le paquet pour faire bonne impression. À part les deux chanteurs, chaque musicien a le visage complètement peint à la façon de clowns démoniaques, et pour faire référence à la thématique de leur dernier disque, ils portent tous une tunique qui rappelle les camisoles de force comme s’ils sortaient tous d’un institut psychiatrique. L’effet est très réussi. De plus, il est clairement évident qu’ils prennent pleinement plaisir à faire ce qu’ils font, plus particulièrement la chanteuse Cristina Scabbia et son acolyte de toujours Andrea Ferro. Ils sont tout sourire et ils ne manquent pas de prendre contact avec la foule.

Ils ne sont pas ici pour jouer la carte de la nostalgie et c’est  toute à leur honneur. Ils ont un nouveau disque qu’ils assument pleinement et ils ne jouent pas moins de 7 titres tirés de celui-ci sur un total de 13 chansons. Ils ne remonteront jamais plus loin que Comalies, duquel ne sort que le succès Heaven’s A Lie, et ils y iront de seulement une pièce ou deux de chacun des albums parus entre c’est deux-là. Si je n’ai qu’un reproche à faire, c’est que le son n’est pas complètement à la hauteur de leur performance.

En voulant mettre “trop de basse dans le mix”, le reste s’en trouve un peu enterré et Crsitina semble s’époumoner à bout de souffle pour se faire entendre. Bien sûr, dès lors qu’on s’éloigne des enceintes à l’avant de la scène, le problème se règle légèrement. Malgré tout, c’est un peu dommage pour une formation de sa stature. Il n’en reste pas moins que les membres méritent amplement le titre de coheadline de cette tournée.

Epica08

Aussi bons ont été les précédents, l’intensité dans la salle monte facilement d’un cran avec l’arrivée imminente d’Epica. Il est agréable de voir leur popularité grandir sans cesse  au Québec. Si le Metropolis n’est pas plein à craquer, il y a définitivement plus de monde qu’à leur dernière visite au Théâtre Corona. C’est au son d’Eidola que les musiciens arrivent sur scène un à un, gardant bien sûr la charmante Simone Simons pour la fin. La dame est fortement acclamée par le public qui est en grande partie conquis d’avance. Heureusement pour eux, la formation des Pays-Bas ne va pas le décevoir.

On a beau être au début de la tournée, la machine est déjà très bien huilée et les chansons s’enchaînent avec fluidité et s’exécutent de façon exemplaire. Et que dire de Simone qui est particulièrement en voix. Si, comme toujours, elle épate par la force et la justesse de son chant, elle semble ce soir plus à l’aise sur scène qu’elle ne l’a jamais été. D’ordinaire plus réservée, c’est comme si pour la première fois elle embrassait pleinement la popularité du groupe et qu’elle y prenait plaisir. Elle nous parle plus souvent que jamais, et il y a même de quelques blagues.

Elle n’est pas la seule à avoir du plaisir. Le claviériste Coen Janssen, qui se déplace de gauche à droite du drum avec son clavier sur roulette, descendra à quelques reprises pour aller interagir avec ses compatriotes et ira même jusqu’à venir nous rejoindre dans la foule. Si Mark Jansen est évidemment le leader de la troupe, le guitariste Isaac Delaheye prend très bien sa place. Il va même nous sortir son français du dimanche pour notre grand plaisir. Elle est immensément agréable de voir un groupe avec autant d’années derrière la cravate avoir une si belle complicité entre ses membres.

Epica26

Je ne sais pas si c’est la grosseur de la salle, mais je ne les ai jamais entendus sonner aussi bien que ce soir. Il y a comme un effet de puissance et de grandeur dans leur son qui ne fait qu’accentuer le côté épique de leurs compositions, comme si un orchestre complet les accompagnait. Ceci encourage encore plus la foule à claquer des mains, lever les poings, sauter, chanter en chœur et même faire un petit « wall of death » à la fin. Un show d’Epica est toujours une soirée forte, mais ce soir l’ambiance est à son comble, et c’est de loin le meilleur spectacle que j’ai vu d’eux jusqu’à maintenant.

Seule surprise qui pourrait une déception pour certains, les membres ne joueront aucune pièce de leur nouveau mini-album The Solace System sorti le 1er septembre. Peut-être quelques morceaux se rajouteront plus tard dans la tournée. Ils se concentreront surtout sur leurs deux derniers disques en n’oubliant pas de nous présenter au moins une chanson de chacune de leurs autres parutions. Cry For the Moon est à mon humble avis un des plus beaux moments de la soirée, suivi de très près par Consign to Oblivion qui nous est servi à la toute fin. Rien de mieux pour finir cette belle soirée en beauté. J’espère que le mot se passera et que la foule sera encore plus massive à leur prochain passage à Montréal.

Epica14