Pour la 37e édition du Festival international de Jazz de Montréal (FIJM), le public a eu droit à une Melody Gardot en pleine maîtrise de son art qui a littéralement enflammé la salle Wilfrid-Pelletier mercredi soir dernier pour le concert d’ouverture.

Melody Gardot est une valeur sûre. Présentée comme une vieille amie du festival par André Ménard, le cofondateur et directeur artistique du FIJM, cette francophile amoureuse de Montréal s’y est fait connaître sur scène dès 2008. Depuis quatre ans, on attendait avec impatience son retour à Montréal. Pas surprenant que les deux soirs ont affiché complet.

La chanteuse-guitariste-pianiste-auteure-compositrice américaine est entrée sur scène à pas feutrée avec ses six musiciens en entamant Same To You suivi de She Don’t Know. Déjà, le ton était donné et le public conquis! On s’en doutait, surtout avec le prometteur album inspiré du rythme & blues Currency of man, lancé il y a un an. Mais rien ne me préparait au bonheur de regarder ses extraits prendre vie sur scène.

Public symphonique

Bad News, March for Mingus, Morning Sun, You Don’t Know What Love Is (clin d’œil à Chet Baker) en passant par Preacherman où l’artiste a demandé au public de remplacer des choristes qu’elle n’avait pas encore les moyens de se payer… Moment teinté d’humour où l’on a pu entendre les spectateurs entamer des airs différents pour se solder en symphonie surprenante, assez juste, qui a accompagné Melody et ses musiciens dans leur interprétation. Magique!

Dans un second acte, pour mon plus grand plaisir, elle a revisité quelques extraits de son album My One And Only Thrill (dont Les Étoiles en racontant quelques anecdotes sur son origine, Baby I’m A Fool et Who Will Comfort Me), qui, selon moi, sont un régal pour les tympans. Et pour terminer, non sans une levée massive du public et encouragée de ses acclamations, Melody a terminé en rappel avec  It Gonna Come.

J’ai été surpris par la puissance et la justesse de sa voix, ses multiples talents de musicienne accomplie et par ses interactions constantes avec son auditoire, le plus souvent en langue française. Que dire de ses musiciens qui, avec la même verve qu’elle, nous ont fait vivre tant d’émotions à travers leurs notes. Mention spéciale au saxophoniste Irwin Hall qui, pendant la March for Mingus, m’a impressionné par son jeu de deux saxophones en simultané : il faut le voir pour le croire.

Le mystère entourant l’artiste

Artiste teintée de mystère, se cachant derrière un chapeau noir, un foulard et des lunettes fumées, ce n’est pas par caprice que Melody Gardot se dissimule derrière ces accessoires : ils lui sont indispensables pour protéger ses yeux des jeux de lumière à la suite d’un terrible accident de vélo à 19 ans qui l’a laissée photosensible. C’est d’ailleurs à cette époque qu’elle a puisé dans la musique, telle une thérapie, pour s’en sortir. Alors qu’on pourrait croire que cette tenue crée une certaine distance entre elle et son public, son incroyable magnétisme et sa voix magnifique, nous transposent dans son univers sensible et intimiste. Le courant passe.

Une première partie du tonnerre !

Lisa Simone, la fille de la défunte Nina Simone, a ouvert le bal pour une première prestation à vie à Montréal. Cette artiste qui en a vu de toutes les couleurs avec sa mère a su faire sa propre place dans le milieu du jazz, sur le tard, ayant sorti son premier album à 52 ans en 2014. Nous présentant des extraits de My World, elle a su, grâce à une puissante voix et une énergie contagieuse, s’imposer comme une artiste accomplie, heureuse d’être parmi nous, s’exprimant en français pour notre plus grand bonheur.

J’ai rarement vu une foule se lever de la sorte lors d’une première partie et demander un rappel, ce que Lisa s’est empressée de nous faire. Allégresse, expérience et bonheur sont les mots qui me viennent en tête pour la décrire. Elle s’est même donnée la peine de se promener au parterre pour saluer son public tout en chantant. Une artiste dont on n’a pas fini d’entendre parler !

Encore une fois, le Festival international de jazz de Montréal a vu juste en engageant Melody Gardot et Lisa Simone pour cette belle entrée en matière de ses spectacles qui ont beaucoup à offrir du 29 juin au 9 juillet. Pour ceux et celles qui auraient manqué les prestations de Melody Gardot, sachez qu’un DVD/Blu-Ray de la tournée qui s’était arrêtée à l’Olympia de Paris en octobre 2015 est sortie en magasin le 6 mai dernier.