Antioche est d’abord une ville en Turquie à cheval entre l’Occident et l’Orient qui fut jadis la porte d’entrée de la légendaire route de la soie. À contre-courant, Antioche est de nos jours le point de chute du parcours périlleux que doivent emprunter de nombreux Syriens fuyant la guerre, guidés par des passeurs sans scrupule. Mais Antioche est surtout le tout dernier texte de Sarah Berthiaume, une oeuvre incontournable.

Femme emmurées

Antioche met en scène trois femmes : Inès (la mère), Jade (l’ado) et Antigone (le personnage mythique) qui tentent désespérément de donner un sens à leur vie. Inès et Jade partagent le même bungalow d’une banlieue grise mais ne communiquent pas entre elles.

Chacune, isolée sur son petit îlot intime (judicieuse scénographie minimaliste de Max-Otto Fauteux), dresse des listes infinies. Les choses banales à faire et à acheter du côté de la mère dépressive, alors que l’adolescente révoltée fait l’inventaire de tout ce qui l’irrite.

Quant à  Antigone (dynamique Sarah Laurendeau), même enfermée dans sa tragédie millénaire, elle réussit à être la confidente délurée de Jade, la narratrice éclatée du récit et même une performeuse explosive, le temps d’une chanson. 

Hommes fantasmés

Inès est séparée, n’a pas d’amant mais se nourrit des recettes de Ricardo à la télé tout en sirotant son verre de rouge. Jade entretient une relation virtuelle avec un chum lointain, attirant et intrigant. Antigone a perdu ses frères, craint l’ombre de son oncle et se méfie des dieux qui l’épient.

Dans Antioche, les femmes rêvent, pensent, parlent et crient. Les hommes eux, rôdent, s’imposent et tirent les ficelles. On ne les voit pas mais on les devine soldats, tortionnaires ou Dieu.

Espoir dans la cité

C’est au cœur d’Antioche, au bout de leur monde, qu’Inès et Jade auront une rencontre improbable sous le regard médusé d’Antigone. Un choc des révoltes refoulées mais aussi une confrontation remplie d’amour entre la mère et la fille.  Au final, après avoir suivi le parcours de ces trois femmes et écouté leur parole, on sort d’Antioche, rempli d’espoir face à  la barbarie qui nous entoure.

Le texte de Sarah Berthiaume est mis en scène par Martin Faucher et interprété par Sharon Ibgui, Sarah Laurendeau et Mounia Zahzam.

Après Les Haut-Parleurs de Sébastien David, Antioche est la deuxième création en résidence du Théâtre Bluff, au Théâtre Denise-Pelletier.

Antioche est à l’affiche jusqu’au 25 novembre (supplémentaire le mardi 21 novembre à  19 h 30) à  la salle Fred-Barry du Théâtre Denise-Pelletier.

Crédit-photos: Marie-Andrée Lemire