Ouf! Quelle performance que celle de Benoît McGinnis dans le rôle-titre de la pièce Caligula. Porté par une mise en scène d’une efficacité remarquable, signée René-Richard Cyr, ce personnage historique nous amène dans un monde qui peut fort bien se coller au nôtre. De manière un peu Trash, mais on aime ça!

Avant que le rideau ne se lève, une projection d’extraits coup de poing donnent d’ores et déjà le ton de la pièce. Pour n’en nommer que quelques-unes : « Qui oserait me condamner dans ce monde où personne n’est innocent ? » ; « Le chagrin ne dure pas. Même la douleur est privée de sens. » ou encore « Gouverner, c’est voler.» 

La pièce d’Albert Camus, publiée en 1944, durant la Deuxième Guerre mondiale, met en scène l’empereur romain tyrannique Galigula qui, à la fin de son règne, agit avec démesure en quête de l’impossible. Il veut la lune!

À la mort de Drusilla, sa sœur et maîtresse, Caligula disjoncte. Son deuil est pénible. Il prend alors conscience que le monde qui l’entoure n’est pas satisfaisant. Il devient obsédé d’impossible, méprisant et cruel. Il veut la liberté qu’il tentera d’obtenir par le meurtre et la perversion systématique de toutes les valeurs. Jusqu’où peut-il aller  au nom de la liberté?

Un rôle exigeant

Ce personnage tyrannique, Benoît McGinnis le porte merveilleusement bien, grâce à sa forte présence sur scène, un timbre de voix qui se prête bien au rôle de tyran et une gestuelle brusque et brutale qui s’allie magnifiquement aux propos violents et rageurs de Caligula. Il nous montre encore une fois la diversité de son registre.

Une scénographie impeccable

La percutante scénographie de Pierre-Étienne Locas est à deux niveaux. En haut, c’est l’éden, tout est blanc, lumineux et poétique, c’est dans ce lieu que meurt Drusilla dans les bras de Caligula.

En dessous, tout est sombre, les rangées de poutres de métal, les costumes et l’éclairage. C’est dans cet abîme qu’évolue le despotisme sanguinaire de Caligula envers ses sénateurs, sa maîtresse (Macha Limonchik), l’esclave affranchi (Éric Bruneau), le meneur à la rébellion (Étienne Pilon) et le jeune poète Scipion (Benoît Drouin Germain). Tous dirigés de main de maître!

Caligula c’est près de deux heures durant lesquelles le spectateur est captif de cette énergique folie tout en se questionnant sur les valeurs de notre société.

Cette pièce vibrante de passion, de justice et de liberté tient l’affiche au TNM jusqu’au 12 avril.

Crédit-photos: Yves Renaud