En photographie ou au cinéma, le « flou artistique » est le nom donné à un flou désiré et maîtrisé. La pièce Consentement de Nina Raine, à l’affiche présentement chez Duceppe dans une traduction de Fanny Britt et une mise en scène de Frédéric Blanchette, a adroitement appliqué ce procédé à la notion de consentement. 

Habilement dans les zones grises

Ainsi, tout n’est pas noir ou blanc dans les situations présentées, la dramaturge navigant volontairement – et habilement – dans les zones grises.

D’ailleurs, l’œuvre est scindée en deux parties distinctes, la première présentant une agression sans équivoque et la seconde articulée autour d’un viol conjugal dont tous ont leur lecture propre.

Consentement – Au masculin

Consentement met en scène un groupe d’amis majoritairement composé d’avocats. Au cours des soirées arrosées lors desquelles ils se rencontrent, ils discutent des causes qui les occupent.

Edward (David Savard) et Jake (Patrice Robitaille), tous deux avocats de la défense, parlent de leur travail de façon détachée et sarcastique, allant même jusqu’à se moquer d’une victime de viol.

Tim (Mani Soleymanlou), procureur de la défense, affiche plutôt de l’empathie pour celle-ci.  Une certaine harmonie règne dans le groupe malgré les opinions tranchées de chacun.

Consentement – Au féminin

Puis, tout vole en éclats. Après que Jake et Rachel (Véronique Côté) se soient séparés puis réconciliés, c’est le couple d’Edward et Kitty (Anne-Élisabeth Bossé) qui saute.

Celle-ci trompe son mari avec Tim pour se venger d’une infidélité qu’elle ne lui a jamais pardonnée. Le soir de leur rupture, ils ont une dernière relation sexuelle, à laquelle Kitty affirmera par la suite ne pas avoir consenti.

Vérité ou vengeance, difficile de se faire une idée.

Personnages bien campés

L’histoire est portée par une distribution au talent indéniable. Les  personnages sont si bien campés qu’on en oublie presque qu’on est au théâtre.

Marie Bernier incarne la victime de façon si intense et vraie que l’on a envie de monter sur scène pour la réconforter.

Patrice Robitaille et David Savard passent tous deux d’une indifférence arrogante à une affliction palpable avec une facilité déconcertante.

Anne-Élisabeth Bossé n’est pas en reste, faisant aisément évoluer Kitty d’épouse naïve à une femme décidée.

Frédéric Blanchette et Nina Raine

Enfin, la mise en scène n’est pas non plus étrangère au succès. Frédéric Blanchette a opté pour un décor sobre composé d’un mur autoportant réversible et de quelques meubles.

Ainsi, ce sont les comédiens mais surtout le puissant texte de Nina Raine qui prennent toute la place.

Il faut dire qu’il n’en est pas à ses premières armes avec l’œuvre de la dramaturge britannique. Sa version de Tribus montée à La Licorne en 2014 ayant obtenu un très bel accueil.

Distribution : Marie Bernier,  Anne-Élisabeth Bossé, Véronique Côté, Patrice Robitaille, David Savard, Mani Soleymanlou et Cynthia Wu-Maheux

Consentement est à l’affiche du théâtre Jean-Duceppe jusqu’au 2 février.

Crédit photos: Caroline Laberge

Rédaction: Nancie Boulay