Après avoir obtenu des éloges au renommé Festival de Stratford en Ontario, c’est au tour du Théâtre du Nouveau Monde (TNM) de présenter Coriolan, une des plus importantes pièces de Shakespeare. Le monde Shakespearien est complexe me direz-vous. Détrompez-vous car Robert Lepage et Michel Garneau ont mis en œuvre toute leur créativité pour en faire une adaptation époustouflante et accessible. Ils amènent le spectateur au cinéma!

Son mépris le mène à sa perte

Inspirée de la vie de Coriolan, figure légendaire des débuts de la république romaine, l’œuvre de Shakespeare met en lumière cet illustre personnage aux conflits intérieurs et au destin exceptionnel et malheureux.

Chef de guerre redoutable, Caius Martius, surnommé Coriolan, revient à Rome après avoir défait les Volsques qui menaçaient sa ville. Fier de ses exploits et glorieux, il est acclamé. Par sa notoriété, il pourrait se faire élire consul.

Il devra toutefois se plier aux coutumes romaines et se mêler à la population.

Il s’y prête mais sans grande conviction, parce que pour lui ce sont les nobles qui doivent prendre les décisions pour le peuple.

Son mépris affiché de la plèbe lui font perdre les élections consulaires. En raison de la colère qu’il affiche, il est condamné à l’exil.

Avec rancœur, il rejoint son ancien ennemi dans le but de se venger et de brûler Rome.

Mais sa mère, sa femme et son fils le rejoignent et l’implorent de ne pas mettre à exécution son projet.

Ramené à la raison, il accepte de conclure la paix. Ce qui causera sa mort.

Une mise en scène cinématographique

L’ingéniosité de la mise en scène de Robert Lepage est d’avoir plongé ce grand classique dans un bain de modernité, en mettant certains procédés cinématographiques au service du théâtre.

Les comédiens y jouent dans un environnement cadré parfois en cinémaScope, parfois carré et parfois classique (rectangulaire).

Les écrans vont et viennent sur scène sur lesquels sont projetées des vidéos afin de situer le spectateur où se déroulent les faits ou les événements.

Certaines scènes deviennent un trompe-l’œil comme au cinéma.  Celle où la mère et l’épouse brodent un tapis projeté en vidéo devant les comédiennes.

Ou encore lorsque Coriolan part en exil, au volant de sa voiture, avec comme arrière-plan des paysages qui défilent donnant l’illusion d’un déplacement. Un concept maintes fois utilisé dans le 7e art.

Coriolan d’aujourd’hui

Tout est mis en action pour que le spectateur s’approprie la pièce avec ses références et ses repères.

Elle se déroule à notre époque avec ses politiciens qui ressemblent à ceux faisant l’actualité en ce moment (Trump, Macron, etc). Et où cellulaire, tribune radiophonique et texto sont utilisés lors de débats d’opinions publiques.

Une distribution impressionnante

Bien sûr, la mise en scène est ahurissante, mais le jeu des dix-huit comédiens n’est pas en reste.  Avec un langage très québécois, grâce à la libre adaptation de Michel Garneau – un passionné de Shakespeare  –, les acteurs se donnent la réplique avec aisance tantôt dans un bar, tantôt dans un studio de radio, ou dans des bureaux administratifs modernes.

Alexandre Goyette est magnifique en Coriolan. Par sa carrure et sa prestance, ce rôle de chef de guerre redoutable lui va comme un gant.

Quant à Anne-Marie Cadieux, qui incarne la mère de Coriolan, elle exploite ce personnage exubérant et envahissant avec justesse.

De la haute voltige

Avec Coriolan, Robert Lepage nous montre encore une fois à quel point il possède un savoir-faire créateur incontestable. De la haute voltige!  Il nous offre un magnifique cadeau!

Coriolan est à l’affiche du Théâtre du Nouveau Monde jusqu’au 18 février.

Distribution : Mikhaïl Ahooja, Ariane Bellavance Fafard, Jean-François Blanchard, Louise Bombardier, Anne-Marie Cadieux, Jean-François Casabonne, Lyndz Datiste, Rémy Girard, Alexandre Goyette, Reda Guerinik, Tania Kontoyanni, Gabriel Lemire, Jean-Moïse Martin, Widemir Normil, Eliott Plamondon, Philippe Thibault-Denis, Jess Viens, Tatiana Zing Botao

Lors du lancement de la programmation 2018-2019 du TNM, Alexandre Goyette nous avait accordé une entrevue au sujet de son personnage Coriolan. A lire ici

Crédit photos: Yves Renaud

Rédaction: Micheline Rouette