L’œuvre de l’américain John Steinbeck, Des souris et des hommes, écrit en 1937, revoit le jour sur les planches du Théâtre Jean-Duceppe. Ce classique nous amène dans un ranch californien où l’amitié entre deux hommes est plus fort que tout. George, débrouillard et protecteur, et Lennie, un colosse au cœur immense mais simple d’esprit. Jusqu’où peut aller cette amitié?

Avec le temps, ce roman bref mais d’une grande intensité s’est invité au cinéma et a été joué au théâtre à maintes reprises un peu partout dans le monde et à la télévision.

Au Québec, la pièce a notamment connu une énorme popularité grâce au téléfilm produit en 1971 et diffusé plusieurs fois. Ceux qui l’ont vu en garde un souvenir inoubliable.

C’est donc avec beaucoup d’enthousiasme que j’attendais de voir cette pièce. J’en suis sortie aucunement déçue.

L’univers Des souris et des hommes

L’univers du roman Des souris et des hommes est un univers de rapports de force.

Un univers complexe et le plus souvent silencieux où des hommes, dépossédés de toute vie personnelle, acceptent d’être, pour quelques dollars, réduits à l’état de bêtes de somme.

Un univers où le rêve n’a pas sa place et qui baigne dans la mesquinerie humaine.

Neuf comédiens sur scène

Neuf comédiens sur scène nous entraînent dans ce monde d’amitié, certes, mais aussi de violence et de rancoeur.

Benoit McGinnis, Nicolas Centeno, Maxim Gaudette, Mathieu Gosselin, Marie-Pier Labrecque, Martin-David Peters, Luc Proulx et Gabriel Sabourin évoluent sur scène avec aisance, mais sans toutefois exprimer à fond la brutalité des personnages « loser » du roman.

Un Guillaume Cyr remarquable

Sans jamais caricaturer son personnage, Guillaume Cyr qui incarne Lennie, est époustouflant, remarquable.

Il est tellement vrai dans son rôle de grand enfant simple d’esprit, assoiffé d’amour à donner autant qu’à recevoir mais qui, à travers sa force herculéenne, ne peut offrir qu’une tendresse aboutissant à la mort.

Par ses gestes, ses regards, ses intonations, sa manière de caresser les souris et les chiens, il amène petit à petit le spectateur à prendre conscience de la fragilité des gens simples d’esprit.

Une adaptation perspicace

La mise en scène de Guillaume-Vincent Otis et les décors signés Romain Fabre renforcent l’atmosphère de cette vie de misère, de labeur et de solitude humaine qui y est présente chaque minute.

Quant à la traduction de Jean-Philippe Lehoux, elle donne une crédibilité aux propos tenus par les personnages. Leur langage cru ponctué de sacres, à la Québécoise, se collent avec justesse à cette tranche de la société. Celui des laissés-pour-compte.

J’entends encore Lennie crier: « Je dirai rien, George ! », « Je voulais pas, George ! »

À l’affiche

Des souris et des hommes est à l’affiche au Théâtre Jean-Duceppe jusqu’au 1er décembre.

Crédit photos : Caroline Laberge

Texte: Micheline Rouette