Avec sa toute nouvelle pièce Enfant insignifiant!, Michel Tremblay réussit encore avec humour, tendresse et sans prétention à nous faire réfléchir sur notre identité.  Grâce à son regard espiègle et en compagnie de ses sympathiques personnages,  nous retrouvons notre cœur d’enfant ainsi qu’un passé pas si lointain.

En lever de rideau, l’image est saisissante. Nous sommes sur un quai qui se jette dans la mer à Key West, là où Michel Tremblay écrit depuis près de 30 ans. La mer aux reflets changeants et le ciel en mouvement sont admirablement projetés sur un immense cyclo.

L’auteur est à l’avant-scène, mettant la dernière touche à sa nouvelle œuvre. À peine son ordinateur fermé, nous plongeons avec lui dans une succession de conversations finement liées les unes aux autres.

 Pourquoi? Pourquoi? Pourquoi?

L’auteur redevient le Michel Tremblay enfant et adolescent, incarné avec justesse par Henri Chassé. La convention établie, on oublie l’acteur adulte au profit d’un personnage curieux et perspicace qui bombarde ses proches de questions sur le monde qui l’entoure.

Nous sommes à l’aube de la Révolution tranquille dans un Québec qui se libère progressivement du joug religieux et qui découvre la télévision, le cinéma et la littérature. Le petit Michel cherche sa place dans cette société en pleine mutation. Il interroge sans relâche les adultes provoquant ainsi des échanges aussi drôles que touchants.

Solide distribution

Le comédien Henri Chassé qui joue avec brio l’auteur et le petit Michel est entouré d’une brillante palette d’interprètes. Guylaine Tremblay, magnifique dans le rôle  de Nana, la mère, Danielle Proulx, émouvante dans celui de la grand-mère, Sylvain Marcel, en père autoritaire ainsi qu’Isabelle Drainville (désopilante Mlle Karli, l’institutrice), Michelle Labonté et Gwendoline Côté (suave confidente) s’avèrent tous de sympathiques et convaincants interlocuteurs.

Subtile adaptation, mise en scène efficace, scénographie impressionnante 

Michel Poirier a su tirer l’essentiel du dernier roman de Michel Tremblay : Conversations avec un enfant curieux en transposant l’œuvre à la scène avec doigté. Aucune redondance, les dialogues s’enchaînent avec fluidité, au rythme des vagues qui dansent à l’horizon.

À tour de rôle, les personnages quittent tantôt leur rêvasserie, tantôt leur lecture au bout du quai pour venir livrer à l’avant-plan leurs réponses aux tenaces questionnements de l’enfant curieux.

Le  décor d’Olivier Landreville évoquant un bord de mer à Key West permet aux spectateurs d’entrer à la fois dans l’univers propice à la création de Michel Tremblay et d’imaginer le vent de liberté que ressentait tout un peuple, il n’y a pas si longtemps.

 Enfant Insignifiant! est présenté chez Duceppe, jusqu’au 3 février 2018.

Crédit-photos: Caroline Laberge