Il m’a fallu un long moment pour poser des mots sur mes sentiments à la suite de la représentation médiatique de Héritage de Lorraine Hansberry, le 5 septembre dernier, à la Place des arts.

Duceppe a frappé fort : c’est la première fois que l’on assiste à une pièce de théâtre québécoise interprétée par des acteurs noirs. Et le mot « noir » peut poser problème pour certains…

En effet, Héritage traite de différence, de racisme et d’oppression des blancs pendant les années 50 aux États-Unis, plus précisément à Chicago.

Héritage – Une révélation sur tous les plans

La ségrégation n’est pas un sujet nouveau, qu’on se le tienne pour dit, mais voir ces acteurs sur scène est une vraie révélation sur tous les plans.

On raconte l’histoire des Younger, une famille afro-américaine qui vit entassée dans un appartement d’un quartier pauvre de Chicago.

Chacun des membres de ce foyer voit ses opportunités limitées par la domination blanche.

On veut tous sa part de bonheur!

Ils aspirent malgré tout à une vie meilleure et leurs rêves s’enflamment alors que la prime d’assurance du père de la famille décédé est sur le point d’arriver.

Mama envisage d’acheter une maison; son fils Walter Lee veut investir dans un magasin d’alcool.

Quant à elle, Beneathala (la cadette) veut poursuivre ses études en médecine.

Chacun rêve d’une vie meilleure aspirant au bonheur… Mais rien n’est facile dans la vie!

Des acteurs incroyables!

Ce que l’on constate au bout du compte, c’est que le Québec est rempli de talents théâtraux de toutes les origines!

Quel incroyable jeu de la part de Frédéric Pierre, Mireille Métellus et Tracy Marcelin.

L’interprétation est si juste qu’elle en est troublante.

Et le mot est juste : on sort troublé par cette pièce.

On se sent presque mal d’être « blanc » malgré le fait que la pièce ne soit nullement moralisatrice.

Mais les faits restent les faits

Il est difficile de ne pas se sentir mal ou tout simplement touché par le propos.

Nous aurions voulu qu’en 2019 des noirs viennent sur scène jouer dans une pièce sans lien avec l’histoire de la ségrégation ou de la classe ouvrière.

On aimerait voir des noirs interpréter des personnages de banquier ou de président, mais bon, on ne peut pas aller plus vite que le progrès…

Dans tous les cas, cette création passera à l’histoire au Québec et elle mérite d’être vue, tant pour le jeu d’acteurs que pour la qualité de ses propos.

Loin d’être novatrice, la pièce demeure néanmoins importante et aurait avantage à partir en tournée à travers le Québec, ou présentée dans le cadre des cours d’histoire des États-Unis!

Héritage est à l’affiche du Théâtre Jean-Duceppe jusqu’au 5 octobre.

Crédit photos: Caroline Laberge

Texte : Annie Roy