Jusqu’au 11 février, le TNM propose la pièce La bonne âme du Se-Tcheouan où la musique et le théâtre font corps pour créer un spectacle divertissant. Certes divertissant mais qui pose toutefois une question encore très contemporaine : « Est-il encore possible de trouver une bonne âme dans le monde d’aujourd’hui? », s’interroge la metteure en scène Lorraine Pintal.

Dans le Se-Tchouan, un lieu reculé de la Chine, un dieu voyage. Il cherche une bonne âme. Existent-ils encore de bonnes âmes parmi les humains ? Il en trouve une seule qui accepte de l’héberger pour la nuit : Shen Té, une prostituée. Le lendemain, en reconnaissance, il lui donne de l’argent.

Avec ce cadeau, elle s’achète un petit débit de tabac. Est-ce vraiment un cadeau ou est-il empoisonné? Alors commencent les ennuis. Autour d’elle, les gens ambitionnent sur sa bonté. Elle devient victime de l’avidité et de la fourberie de ses concitoyens. Sur le point de tout perdre, arrive alors son cousin Shui Ta, un homme averti en affaires qui saura remettre les pendules à l’heure vis-à-vis ces « crochets » et « requins ». Mais qui est ce protecteur?

Parmi les fourbes qu’elle rencontre, elle fait la connaissance d’un aviateur Yan Sun et en devient amoureuse. Sans le sous, il rêve de liberté et de devenir aviateur de courrier. Alors tout s’enchaîne : les dettes, la misère tant financière que morale. Jusqu’où la bonne Shan Té est-elle prête à aller pour s’en sortir?

C’est Normand Canac-Marquis qui a assuré la traduction de l’œuvre de l’allemand Bertold Bretch, écrite en 1938 en pleine montée du nazisme en Europe. L’adaptation française du texte n’a pas été québécisée et est restée accessible. Ce qui m’a beaucoup plu.

Une distribution impressionnante

En arrière scène, quatre musiciens interprètent la musique originale composée par Philippe Brault (collaborateur et acolyte de Pierre Lapointe) Dans une sonorité allemande et chinoise, elle tient une grande place dans le spectacle et met en valeur le texte critique interprété par une impressionnante distribution.

En effet, La bonne âme du Se-Tcheouan réunit quinze comédiens qui évoluent sur scène avec aisance. Tous campent leur rôle et chantent avec beaucoup de présence, mais Isabelle Blais qui joue le rôle principal (Shen Té) et Bruno Marcil qui se glisse dans la peau du barbier Shu Fu sortent de la mêlée.

Sorte d’allégorie cynique pleine de rebondissements, cette pièce de Brecht a encore sa place. Écrite depuis plus de 75 ans, elle dresse avec justesse un portrait de notre monde actuel.

En plus d’être présentée jusqu’au 11 février au TNM, la pièce sera à l’affiche au Théâtre français du Centre National des Arts du Canada à Ottawa en mars.

Crédit photos : Yves Renaud