Produite par la compagnie Pas de Panique, en codiffusion avec La Manufacture, la pièce La Maison aux 67 langues est présentée pour une première fois en français à La Licorne jusqu’au 23 mars. Du théâtre audacieux…    

Lieu mythique, univers symbolique

Nous sommes à Jérusalem alors que deux hommes :  Shimon, général israélien, et Abu Dalo, écrivain, se disputent la propriété d’une maison.

Celle-ci, jouissant d’un don de parole (surprenante Violette Chauveau), s’est promise à l’un et à l’autre, dans des circonstances différentes.

Les deux belligérants, aux passés troubles, vont tout de même réussir à cohabiter et à créer des liens inusités.

D’abord par la rencontre fortuite de leurs adolescents respectifs : Alex, idéaliste obsédé par la «Révolution du cunnilingus», outil indispensable à la réconciliation des deux peuples. Suha, rebelle aux propos cinglants qui souffre de cataplexie.

Puis, en unissant leur force dans l’élaboration d’un projet commun improbable. Tout cela sous le regard perspicace d’un chameau philosophe (suave Frédéric Desager).

La Maison aux 67 langues, œuvre neutre et poétique

Ce n’est jamais facile de traiter objectivement du conflit israélo-palestinien. C’est pourtant ce qu’a réussi à faire Jonathan Garfinkel avec sa pièce La Maison aux 67 langues.

Sans prendre parti, l’auteur torontois d’origine juive délie les langues des protagonistes avec doigté et originalité.

Le discours des personnages est à la fois sarcastique, touchant et amusant, le politique se mariant sans complexe au lyrisme.

On assiste donc beaucoup plus à un foisonnement de réflexions sur la question qu’à un bras de fer stérile ou moralisateur.

Personnages absurdes et crédibles à la fois

Une maison et un chameau qui parlent, un ado qui rêve d’unifier les deux peuples ennemis par la pratique du cunnilingus.

Une autre, révoltée et virulente, tombe dans les pommes à chaque émotion trop forte, ce n’est pas évident à interpréter sans tomber dans la caricature.

Écueil que tous les interprètes de La Maison aux 67 langues  réussissent à éviter.

Leur jeu crédible, dans un décor de bouts de ficelle où l’imagination du spectateur est grandement sollicitée, donne toute l’amplitude voulue au texte.

Ainsi, au terme de cette expérience théâtrale surprenante, on rentre chez soi, une pointe d’espoir au cœur et le sourire aux lèvres.

La Maison aux 67 langues à La Licorne jusqu’au 23 mars avec deux supplémentaires les mardis 12 et 19 mars à 13h30.

Texte: Jonathan Garfinkel

Traduction: François Archambault

Mise en scène: Philippe Lambert

Distribution: Violette Chauveau, Frédéric  Desager, Daniel Gadouas, Ariel Ifergan, Alice Pascual, Gabriel Szabo, Mounia Zahzam

Crédit photos: Maxim Paré Fortin

Rédaction: Dominique Denis