Selon Martine Beaulne, l’amour se fait à trois ; un œil qui regarde, pendant que le désir circule de l’un à l’autre. Le public est donc invité à être ce témoin dans le cadre La maladie de la mort actuellement présenté au Théâtre Prospero.

Un vide intérieur

Un homme (Paul Savoie) se rend dans une chambre d’hôtel en bord de mer.

Il y vit une relation particulière et déterminante avec une femme (Sylvie Drapeau) qu’il paie pour passer plusieurs nuits avec lui.

Il souhaite ardemment que leur intimité se mue peu à peu en amour, sentiment qui  lui est impossible de ressentir.

« La jeune femme des nuits payées » le met face à son incapacité à aimer.

Ce vide intérieur qu’elle nomme La maladie de la mort.

Un décor dépouillé

L’histoire se déroule entièrement dans la chambre.

Le décor dépouillé est composé d’un lit recouvert d’un drap blanc encadré par deux panneaux de fenêtres.

Au fond se trouve un mur blanc en crépi où sont projetés des éclairages.

Ceux-ci marquent non seulement le temps qui passe mais évoquent aussi les vagues du bord de mer.

La maladie de la mort – Texte de Marguerite Duras

Martine Beaulne a décidé d’adapter le court texte de Marguerite Duras, afin qu’il soit joué en duo.

Ainsi, les deux membres de ce couple improbable récitent chacun de leur côté, sans jamais se parler directement.

Si cette façon de faire crée une distance qui sert favorablement l’histoire, n’empêche que l’absence de dialogue est par moments agaçante.

Texte évocateur

Bien que l’œuvre originale n’ait que 64 pages, le texte est plutôt touffu.

Écrit de façon très théâtral, il est très évocateur.

Or, la metteuse en scène a choisi de ne pas illustrer ce qui est dit.

Ainsi, plutôt que de jouer une scène telle qu’elle est décrite dans le livre, les personnages déclament les phrases textuellement.

Le rendu est par moments plutôt littéraire.

Objet de beauté

Des deux comédiens, c’est Paul Savoie qui tire le mieux son épingle du jeu.

Il arrive à faire transparaître le vide qui habite son personnage.

On sent le désarroi et même la colère que sa condition lui cause.

Sylvie Drapeau incarne cette femme curieuse, épanouie et quelque peu insolente avec justesse, mais les mouvements imposés par Martine Beaulne nous font décrocher de son personnage.

Malgré les quelques accros, cette pièce demeure un objet de beauté.

La poésie de Marguerite Duras y est omniprésente.

À l’affiche…

La maladie de la mort, coproduction du Groupe de La veillée et du collectif d’artistes Les immortels, tient l’affiche de la grande salle du Théâtre Prospero jusqu’au 15 février, incluant la représentation supplémentaire.

Mise en scène: Martine Beaulne

Avec: Sylvie Drapeau, Paul Savoie

Crédit photos: Émile Laplante

Texte: Nancie Boulay