Deuxième opus de la jeune compagnie Productions Fil d’Or et premier texte de Clara Prévost, La Place Rouge nous plonge au cœur de conflits aussi intimes que sociaux. La pièce est présentée jusqu’au 27 octobre à la Salle Fred-Barry du Théâtre Denise-Pelletier. À découvrir!

Une violence étouffante

Par un jour de canicule où le temps s’étire, deux sœurs, Elena et Sonia, se retrouvent  après des années de silence. Elles se préparent à célébrer la mémoire de leur mère musicienne, lors d’un hommage posthume.

L’action se déroule chez Sonia qui héberge Hakim, un réfugié qui tente de s’adapter à sa terre d’accueil, sous l’œil méfiant de Mathilde, amie de l’hôtesse.

La joie des retrouvailles familiales et les bons sentiments de l’aide humanitaire ne résisteront pas longtemps au ressac de récriminations trop longtemps refoulées et à la xénophobie coriace.

De petites guerres éclateront alors sous nos yeux impuissants à l’instar de ces conflits de société auxquels nous sommes exposés quotidiennement.

L’empreinte de Tchekhov

Les références à l’univers du grand dramaturge russe sont très présentes dans le récit de Clara Prévost.

Elles le sont aussi dans la mise en scène d’Isabelle Leblanc, la scénographie de Rogé Francoeur et même la musique (Rachmaninov) qu’interprète, au piano sur scène, Lucie Dubé, le fantôme de la mère.

En plus de certaines phrases littéralement empruntées à Tchekhov, La Place Rouge est marquée par des thèmes de prédilection de l’auteur comme l’universalité des sentiments et l’absurdité de la condition humaine.

Cette inspiration affirmée crée un pont original entre le théâtre de répertoire et celui de création.

Une joute féminine

Les rôles principaux sont tenus par Clara Prévost, Rebecca Vachon et Joanie Guérin qui nous offrent une solide prestation.

Leur aplomb tranche nettement avec celle des acteurs qui, relégués aux rôles secondaires, font de brèves apparitions pas toujours très convaincantes.

Mais dans l’ensemble, cette première œuvre de Clara Prévost vaut le détour et laisse profiler une écriture qui va assurément faire sa place…

Crédit photos : Maxime Côté

Texte: Dominique Denis