Le théâtre La Licorne débute son année 2019 avec une nouvelle mouture du franco-ontarien Jean Marc Dalpé, La Queens’. Sans ménagement, cette pièce aborde la question de « Partir pour ne plus y revenir ou rester ancré dans son patelin ». Criant d’actualité, le thème de l’identité fait aussi partie de l’ADN de l’auteur. Et il partage ce concept d’appartenance avec  beaucoup d’intensité et d’humour. Partir ou rester?

La Queens’ – Un héritage empoisonné!

La Queens’, c’est un hôtel-motel dans le Nord de l’Ontario dont deux sœurs héritent à la suite de la mort de leur mère. L’aînée, Marie-Élizabeth (Marie-Thérèse Fortin), pianiste classique de renommée internationale, veut vendre l’établissement. Elle n’en a rien à faire.

Par contre, la cadette Sophie (Dominique Quesnel) tient mordicus à le garder et y vivre avec son mari (Hamidou Savadogo). Même si ce n’est pas jojo à tous les jours, elle y trouve son bonheur.

Mais le temps est compté pour régler la succession et Marie-Élizabeth, qui est en tournée en Russie, ne peut ou ne veut revenir dans sa ville natale. Elle mandate alors sa fille, une junkie (Alice Pascual).

Un homme d’affaires du coin (David Boutin) veut acheter l’hôtel-motel. Il y renifle la bonne affaire. D’importants projets miniers dans le Nord se parlent dans les coulisses.

Qui sortira vainqueur de ce conflit familial?

Un cocktail explosif

Avec mordant, l’auteur soumet aux spectateurs ce questionnement de l’identité en y juxtaposant l’exploitation commerciale du Grand Nord et la situation des Autochtones.

Un cocktail explosif mais combien réaliste, mis en scène par Fernand Rainville, complice de longue date de Jean Marc Dalpé.

Une distribution flamboyante

Entourées d’un décor sobre ayant comme fond de scène un néon « No Vacancy » représentatif des motels, les deux principaux protagonistes, Marie-Thérèse Fortin et Dominique Quesnel, empoignent le magnifique texte de Dalpé et le font résonner de façon vibrante chez les spectateurs.

Dans son rôle de femme attachée à ses racines, Dominique Quesnel joue à fond ce personnage. Elle y met ses tripes et ça paraît.  Elle utilise même la tonalité du langage des francophones du Nord de l’Ontario. Son jeu est remarquable.

Quant à Marie-Thérèse Fortin, elle se glisse avec justesse dans son personnage snob qui veut oublier ses origines.

Pour sa part, David Boutin qui incarne l’homme d’affaires véreux, s’en tire très bien, notamment, avec son franglais.

En fait, la remarquable jeu des comédiens fait en sorte que les spectateurs se raccordent à leurs propres repères identitaires tout au long de la pièce.  On y joue « vrai » et avec plaisir.

Une question que pose Fernand Rainville, metteur en scène de la pièce, a tout son sens. « Doit-on quitter son passé pour mieux avancer ou, au contraire, rester attaché à son héritage par respect pour ses origines?»  À réfléchir…

La Queens’ est à l’affiche du théâtre La Licorne jusqu’au 23 février.

Crédit photos: Suzanne O’Neill

Rédaction: Micheline Rouette