Création Dans la Chambre et Théâtre du Trillium présentent Les larmes amères de Petra Von Kant. Une œuvre majeure de Rainer Werner Fassbinder sur la démesure amoureuse, dans une sublime mise en scène signée Félix-Antoine Boutin, qui se révèle être tout aussi redoutablement efficace dans l’excès que dans l’intimité.

Cadieux et Cadieux, un duo explosif

D’emblée, je dois confesser mon amour sans borne pour Anne-Marie Cadieux. Cette comédienne plus grande que nature peut jouer la gamme complète des sentiments humains.

Toujours, elle transcende les personnages et nous transporte dans des sphères émotives parfois insoupçonnées.

Le rôle de cette Petra Von Kant, amoureuse hystérique et passionnée lui va d’ailleurs à ravir.

Ajouter à l’équation Sophie Cadieux, aérienne et tout en fraîcheur dans la peau d’une Karin Thimm manipulatrice et juste assez arrogante pour rester attachante. Et nous voilà avec un duo explosif d’actrices dont on se rappellera longtemps.

Le texte de Fassbinder semble avoir été écrit au XXIe siècle

Cette Petra, designer de mode célèbre, y joue sa vie telle une tragédienne digne des grands classiques grecs.

Elle passe de l’indifférence à la cruauté, en passant par la douceur et l’hystérie, ne sombrant jamais dans la caricature, et ce, même au plus profond de son désespoir.

Le texte semble avoir été écrit dans notre XXIe siècle où la démesure règne en maîtresse.

C’est dire à quel point cette pièce de Fassbinder prend sa source dans les profondeurs de l’âme humaine.

Magnifique célébration du talent au féminin

C’est dans un décor outrageusement kitsch, rouge vermeil aux accents hollywoodiens qu’évolue une incroyable distribution d’actrices.

Marlene, assistante muette, peut-être un brin masochiste, qui sert sa patronne, sans jamais dire un mot.

Sidonie, sublime femme élégante et raffinée qui sera aussi malmenée par celle qu’elle croyait son amie.

La mère et la fille de Petra se feront insultées par cette dernière, complètement folle d’amour pour Karin, sa jeune proie devenue bourreau.

Bref, une magnifique célébration du talent au féminin dont on voit que trop peu souvent.

Les larmes amères de Petra Von Kant est indéniablement mon coup de cœur de cette saison théâtrale. Ne manquez surtout pas cette production. À l’affiche du Théâtre Prospero jusqu’au 6 avril.

Traduction: Frank Weigand

Adaptation: Gabriel Plante

Mise en scène: Félix-Antoine Boutin

Distribution: Florence Blain Mbaye, Anne-Marie Cadieux, Sophie Cadieux, Lise Castonguay, Marianne Dansereau, Patricia Nolin

Crédit photos: Maxim Paré Fortin

Texte: Tan Bélanger