Dix ans après la provocante pièce Rouge Gueule, le tandem Étienne Lepage / Claude Poissant nous revient avec Le Ravissement, une œuvre tout aussi puissante.  Une production incontournable du Théâtre de Quat’Sous.

NDLR: Par souci de transparence, veuillez noter que l’auteur de ces lignes à un lien familial très proche avec Laetitia Isambert qui interprète le personnage d’Arielle. 

L’âge de déraison

Aujourd’hui, Arielle a dix-huit ans.

Sa vie d’adulte commence.

En est-t-elle ravie ?

Veut-on la lui ravir ?

À la fois frondeuse et naïve, Arielle désire s’approprier cette vie mais elle se bute à l’incompréhension de son entourage.

Sa mère, son amoureux, son patron sont bousculés par l’attitude surprenante de la jeune fille.

Elle ne répond plus aux codes.

Ses réponses évasives, parfois contradictoires, ses silences éloquents sont autant de bombes à retardement qu’elle pose dans les certitudes des autres.

En l’espace d’une journée, Arielle va provoquer une véritable implosion au cœur de l’existence de ses proches.

Une langue vitriolique et poétique

Les mots d’Étienne Lepage bousculent, frappent, émeuvent.

Incisifs, souvent répétitifs, parfois syncopés, livrés comme des mitraillades, ils visent le cœur et l’âme sans réfléchir, à vif.

Les personnages semblent guidés par eux, prisonniers d’un discours qui les dépassent.

En contrepartie, les silences sont à la limite, aussi puissants, porteurs d’un souffle désarmant qui pousse à la réflexion.

Une direction de main de maître

Claude Poissant s’approprie le texte d’Étienne Lepage avec la même maestria qu’il dirige ses interprètes.

Gestes, regards, déplacements, occupation de l’espace, tout est chorégraphié de façon chirurgicale.

Le décor dont l’architecture épurée évoque selon les éclairages, cloisonnement ou évasion, appuie ingénieusement les rapports entre les personnages.

Des artistes investis

Toute la distribution est impeccable.

Que ce soit la mère possessive, autoritaire et dépassée par les événements, incarnée subtilement par Nathalie Mallette ou encore le patron libidineux et violent interprété avec toute la suffisance voulue par Étienne Pilon. Le jeu est précis, efficace et même truculent.

Simon Landry-Désy en amoureux éploré et Reda Guerinik en sombre exécuteur complètent avec force les protagonistes de la jeune Arielle.

Et c’est par elle, par la présence souvent silencieuse de cette fraîche adulte que tout se construit et que tout bascule.

Ses répliques laconiques, mais surtout ses regards parfois complices de bonheur, souvent perdus et désillusionnés font défiler en accéléré une vie aux antipodes d’un conte de fée.

Un jeu maîtrisé, tout à l’honneur de la jeune comédienne Laetitia Isambert.

Le ravissement – À l’affiche jusqu’au 16 novembre

Le ravissement, une création à découvrir au Théâtre de Quat’Sous.

Crédit photos:  Yanick Macdonald

Texte: Dominique Denis, membre de l’AQCT  et de l’AICT