Jusqu’au 28 septembre, Olivier Kemeid nous propose la célèbre épopée de Virgile, L’Énéide, revue et corrigée. Un rendez-vous à ne pas manquer au Théâtre de Quat’Sous.

À l’heure où les conflits internes embrasent de nombreux territoires, où la famine et les cataclysmes naturels poussent des populations entières à quitter leur pays et à cogner à nos portes, L’Énéide, écrite entre 29 et 19 ans avant notre ère, nous interpelle comme jamais.

Des héros à dimension humaine

La pièce s’ouvre sur une discothèque enfumée.

Des silhouettes s’éclatent au rythme d’une dance music endiablée.

Soudain, une forte déflagration vient rompre l’atmosphère ambiante.

Tout bascule, la violence et le chaos s’emparent de la cité.

Débute alors le long exil d’Énée qui doit fuir pour survivre.

Son père sur les épaules, son enfant à la main, l’homme part à la recherche d’une terre pour son fils.

L’Énéide de Kemeid n’est plus le récit tracé par les dieux, c’est maintenant l’histoire de simples humains en quête d’une vie meilleure.

L’Énéide avec des touches d’humour 

Même si le destin des protagonistes demeure tragique, Olivier Kemeid se permet quelques ruptures de ton salutaires.

La scène des migrants qui échouent sur la plage d’un hôtel tout inclus est particulièrement réussie.

Le sable blanc des vacances est tout à coup noirci d’une présence dérangeante.

Cela permet au spectateur de prendre du recul et de s’interroger sur ses propres contradictions.

On aurait d’ailleurs apprécié que ce type de scènes soient plus nombreuses, la pièce y aurait gagné en nuances.

Une distribution métissée

Que ce soit d’Europe de l’Est, d’Afrique, d’Asie ou des Antilles, les interprètes sont en très grande majorité eux aussi des migrants.

Issus de l’ailleurs, ils apportent toute la crédibilité nécessaire à l’intensité du déracinement et à la capacité de nous le faire vivre.

À souligner tout particulièrement le jeu polyvalent d’Olivia Palacci et de Marie-Ève Perron ainsi que la forte présence de Tatiana Zinga Botao.

Léger bémol pour la scénographie qui, malgré son inventivité, confère aux tableaux un caractère étriqué alors que cette oeuvre demande beaucoup d’amplitude et d’espace…

À l’affiche jusqu’au 28 septembre

Coproduction du Théâtre de Quat’Sous et de Trois Tristes Tigres, L’Énéide est présentée jusqu’au 28 septembre.

Texte et mise en scène:  Olivier Kemeid

Distribution: Étienne Lou, Anglesh Major, Igor Ovadis, Olivia Palacci, Marie-Ève Perron, Luc Proulx, Philippe Racine, Sasha Samar, Mounia Zahzam et Tatiana Zinga Botao.

Crédit photo : Yanick Macdonald et le Théâtre de Quat’Sous

Texte: Dominique Denis, membre de l’AQCT  et de l’AICT