C’est pas de la tarte que de mettre en scène Les bâtisseurs d’empire ou Le Schmürz, dernière pièce que Boris Vian a écrite en 1957, deux ans avant sa mort. Pourtant, Michel-Maxime Legault a réussi ce pari audacieux avec cette tragédie burlesque et féroce, en démontrant de façon percutante le rétrécissement de la pensée et le manque d’ouverture. 

Une drôle de famille lancée dans une drôle de fuite… La pièce met en scène une famille et sa bonne, nommée Cruche, qui déménagent sans cesse, dans un appartement de plus en plus haut et petit, pour fuir un bruit sourd et diffus qui dérange lors de conversations. Personne ne voit la source de ce bruit,  à l’exception de l’adolescente Zénobie. C’est le Schmürz.

Qu’est-ce que le Schmürz?

Vous vous posez sûrement la question : mais qu’est-ce que le Schmürz? Le Schmürz est un personnage muet sur lequel on se défoule, que l’on frappe, que l’on poignarde à coups de couteau ou d’une paire de ciseau, dès que l’on est gêné, en colère, mal à l’aise ou contraint par les autres.

Il est finalement l’expression de ce qu’on refoule, qu’on enfouit en nous. Il symbolise globalement la violence de notre société qui mène parfois jusqu’à la guerre.

Tiraillé entre le rire et l’indignation

Rarement montée, Les bâtisseurs d’empire ou le Schmürz est une pièce où le spectateur est tiraillé entre le rire provoqué par des situations cocasses et l’indignation face au traitement infligé au souffre-douleur qu’est le Schmürg.

L’absurde est aussi présent par les quiproquos et les jeux de langage, notamment avec les énumérations de la bonne Cruche et c’est succulent!

Les bâtisseurs d’empire ou Le Schmürz, un périple farfelu et cinglant 

Une scénographie ingénieuse

La scénographie épurée, signée Jean Bard, est très ingénieuse. En un tournemain et sans que le spectateur ne s’en rende compte, les intérieurs se déconstruisent au fur et à mesure que la famille déménage.

Le décor rapetisse comme une peau de chagrin ou encore comme un îlot qui s’érode et qui devient minuscule avec le temps, où les personnages essaient de survivre. Cette construction scénique reflète avec brio l’étroitesse d’esprit des personnages.

La distribution

Par son absurdité, le texte de Boris Vian n’est pas facile à jouer. Pour parvenir à garder l’intérêt du spectateur, le metteur en scène Michel-Maxime Legault s’est entouré d’une équipe de comédiens qui s’investissent pour y arriver. Ils sont : Olivier Aubin, Josée Deschênes, Marie-Pier Labrecque, Gabriel Sabourin, Sasha Samar et Marie-Ève Trudel

Mon coup de coeur

Le metteur en scène a eu la brillante idée de diffuser à  quelques reprises de courts extraits de La java des bombes atomiques durant la pièce. Le fait d’utiliser cette chanson de Boris Vian, écrite en 1955,  submerge davantage le spectateur dans l’atmosphère de ce compositeur français multidisciplinaire, dont les chansons allient comique et tragédie.  Écoutez comme c’est beau!

Qui est Boris Vian?

Signant parfois ses créations de l’anagramme «Bison ravi» ou sous le nom de Vernon Sullivan, Boris Vian a été écrivain, poète, parolier, chanteur, musicien de jazz, compositeur, peintre, scénariste, traducteur et ingénieur de formation.

Les bâtisseurs d’empire ou Le Schmürg tient l’affiche au théâtre Denise-Pelletier jusqu’au 21 octobre.

Crédit-photos: Gunther Gamper