Présentée il y a 40 ans, la pièce Les fées ont soif punche l’ouverture de la saison du Théâtre du Rideau Vert. Cette œuvre de Denise Boucher, qui a provoqué une controverse  houleuse en 1978, fait son retour. Trois fées : la mère, la putain et la statue de la Vierge.  Trois symboles qui veulent sortir de leur assujettissement. Le texte est brutal et drôle à la fois. Une succession de moments forts!

Les fées étouffent

Sur scène, trois femmes qui étouffent dans leur carcan que la société leur a imposé. La mère Marie qui se fait battre par son mari, la prostituée malmenée et la Vierge encarcanée dans l’utopie religieuse.

Par un texte féministe, vif, coloré et cru – représentatif du langage et de la culture du Québec des années 70 –, ces trois symboles féminins se dévoilent. Elles nous introduisent dans leur détresse face à la violence faite aux femmes, le viol et la religion.

Les choses ont changé depuis que Les fées ont soif a été présentée la première fois au TNM, il y a quarante ans, me direz-vous. Oui, mais il reste quand même un bout de chemin à faire.

Les fées ont soif – Encore représentatif de notre société?

Tout au long de la présentation de la pièce, dont le texte a été repris intégralement, on se demande si c’est encore représentatif de notre société actuelle. Sans contredit, c’est oui.

Bien qu’elle ait pris quelques petites rides, l’œuvre de Denise Boucher, demeure d’actualité. Peut-être que les moins de 40 ans y trouveront un certain décalage verbal, mais les propos sont encore tout aussi pertinents et puissants.

Nous n’avons qu’à penser au mouvement #moi aussi, aux femmes opprimées par le sexisme religieux, aux émissions de téléréalité comme XOXO. Ou encore cette violence qui s’adresse aux deux sexes comme la cyberintimidation, le chantage et le proxénétisme. Rien n’est tout à fait gagné.

Un rythme effréné

C’est Bénédicte Décary qui incarne Madeleine (la mère). C’est Caroline Lavigne qui représente la statue de la Vierge. Et c’est Pascale Montreuil qui se glisse dans la peau de la « fille de joie ».

Accompagnées par deux musiciennes, Patricia Deslauriers et Nadine Turbide, les trois comédiennes jouent leur personnage avec fougue et intensité. Elles traitent avec grandiloquence le texte pour le mettre en lumière.

Pleins feux sur cette poésie en dialogues, en monologues et en chansons au rythme effréné et qui a encore une force de frappe!

L’auteure Denise Boucher n’a pas peur de ses opinions

Denise Boucher, qui n’a pas froid aux yeux et qui n’a pas peur de ses opinions, ajoute à la fin de son mot publié dans le programme du Rideau Vert : « Je n’ai pas oublié les mots SLAV et Kanata. Mes amitiés à Robert Lepage ». Beau clin d’œil Madame Boucher!

Engouement …

Les fées ont soif est à l’affiche du Rideau Vert jusqu’au 10 novembre. Devant l’engouement de cette pièce phare du Québec, 26 représentations seront jouées à guichet fermé et 14 supplémentaires ont été annoncées avant la première.

Que ce soit par curiosité, par conviction féministe ou pour tout autre raison, allez voir Les fées ont soif. Cette pièce fait partie de notre patrimoine théâtral québécois.

Crédit photos: Jean-François Hamelin

Texte: Micheline Rouette