Forte du succès qu’elle a connu en 2018 au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui, la pièce Les Hardings d’Alexia Bürger est de retour sur les planches. Cette œuvre-choc  inspirée de la tragédie survenue à Lac‑Mégantic en 2013 est à l’affiche du Théâtre Duceppe jusqu’au 15 février.

Harding, Harding et Harding

Sur scène, trois Thomas Harding se donnent la réplique.

Le premier (Bruno Marcil) est le cheminot de la Montreal, Maine & Atlantic (MMA) qui a été accusé de négligence criminelle, puis acquitté, dans l’accident ferroviaire qui a coûté la vie à 47 personnes.

Le second (Patrice Dubois) est un chercheur affligé par le deuil de sa fille, qu’il a perdue dans un accident de vélo.

Le troisième (Martin Drainville) est un assureur américain principalement spécialisé dans les compagnies pétrolières.

Trois récits qui s’imbriquent

Au départ, chacun raconte son histoire, mais les trois récits finissent bien vite par s’imbriquer et chaque Harding réagit aux propos des deux autres.

Leur conversation se déroule dans un décor qui rappelle l’intérieur d’un wagon-citerne.

Le chercheur et le cheminot sont tous deux rongés par un sentiment de culpabilité.

L’assureur, de son côté, est là pour rationaliser.

Il s’interroge froidement sur la valeur de la vie humaine et expose, à l’aide de projections réalisées à même le décor, sa théorie du fromage suisse sur le partage de la responsabilité.

Les comédiens s’approprient leurs personnages

Les trois comédiens ont participé au processus créatif en compagnie de la dramaturge.

Ceci a forcément eu un impact sur la façon remarquable dont ils se sont approprié leurs personnages.

Martin Drainvillle, que l’on a plus l’habitude de voir dans des rôles comiques, s’acquitte à merveille du rôle de cet homme pragmatique qu’est l’assureur.

Puis, on sent que Patrice Dubois porte la peine de ce père de famille qui donnerait tout pour être à la place de sa fille.

Et que dire de Bruno Marcil!

Il est si convainquant que l’on a l’impression que l’homme défait et désespéré que l’on a devant nous est réellement le cheminot.

Dans le fond, lui aussi est une victime du drame horrible.

Les Hardings – Exit le sensationnalisme

Avec Les Hardings, Alexia Bürger souhaitait « initier une réflexion commune sur notre rapport à la responsabilité, à la catastrophe, au deuil et à la culpabilité »[i]. Elle y arrive de façon sensible et ce sans verser dans le sensationnalisme. À voir!

Texte et mise en scène : Alexia Bürger
Décor : Simon Guilbault
Lumière et conception vidéo : Mathieu Roy

[i] Bourdeau, Louis-Philippe (15 avril 2018). «Entre réalité et fiction, des Méganticois assistent à la pièce Les Hardings inspirée de la tragédie ferroviaire ». ICI Estrie

À lire également la critique de Micheline Rouette en avril 2018

Crédit photos: Caroline Laberge

Texte: Nancie Boulay