Le Théâtre La Rubrique, une compagnie basée à Saguenay, est de passage à la salle Fred-Barry du Théâtre Denise-Pelletier pour y présenter L’État . Une pièce bien de son temps qui démontre le rôle des médias dans les scandales politiques.

Les coulisses de l’information

À la veille des élections, le ministre de la Sécurité publique exerce des pressions sur Solange Speilmann, éditorialiste au journal L’État, dans l’espoir de faire mentir les sondages défavorables au gouvernement en place.

En coulisse de l’information, un duel s’engage entre Solange et le rédacteur en chef, autrefois son amoureux.

Faut-il céder au chantage ou se muer en kamikaze de la vérité ?

Existerait-il un terrorisme nécessaire ?

Des comédiens talentueux

Louise Laprade personnifie à merveille Solange Speilmann, cette éditorialiste dont on attend l’ultime papier.

Elle rend très bien la complexité de son personnage, la faisant passer de l’ex-femme blessée à la journaliste exaltée.

On sent aussi la complicité avec son partenaire de jeu, Robert Lalonde.

Ensemble, ils incarnent ce couple brisé encore uni par une certaine tendresse.

Toutefois, Robert Lalonde, lui, est plus effacé dans les traits de François Speilmann, ce vieux rédacteur en chef blasé et dépassé par les événements.

Josée Gagnon et Monique Gauvin viennent compléter la distribution.

La première interprète Maude, l’ancienne flamme maintenant décédée de François venue hanter Solange.

Monique Gauvin, de son côté, apporte un peu de légèreté à l’histoire dans les traits de la réceptionniste.

Une mise en scène efficace

La mise en scène  de L’État est signée par Martine Beaulne, à qui l’on doit entre autres Le Chemin des Passes‑Dangereuses monté en 2018 chez Duceppe.

Comme elle l’avait fait pour la pièce de Michel-Marc Bouchard, elle a su créer une atmosphère lourde et tendue.

On le sent non seulement entre les personnages, mais aussi à la vue du décor.

Presque toute la pièce se déroule dans les locaux du journal L’État .

La scène a été divisée en deux pièces exiguës, soit la réception et le bureau François Speilmann.

Les personnages y sont à l’étroit, exactement comme dans les circonstances qui les oppriment.

L’État – Un pétard mouillé?

La prémisse avait de quoi intriguer dans le contexte actuel, alors que nous sommes à l’aube des élections fédérales.

Chaque nouvelle campagne nous apportant son lot d’informations embarrassantes surgies du passé des candidats, Normand Canac-Marquis n’a pas eu à aller chercher bien loin pour de l’inspiration.

Malheureusement, le fameux scandale dont il est question dans L’État est révélé assez tard dans l’histoire.

Ceci a pour effet d’en atténuer la portée.

Le spectateur finit par se dire «Ah! C’était juste ça!» au moment où Solange Speilmann lance sa fameuse bombe.

L’État est à l’affiche du Théatre Denise-Pelletier jusqu’au 12 octobre

Texte : Normand Canac-Marquis

Mise en scène : Martine Beaulne

Distribution : Josée Gagnon, Monique Gauvin, Robert Lalonde et Louise Laprade

Crédit photos : Frédérique Ménard-Aubin

Texte : Nancie Boulay