Jusqu’au 27 avril, le Théâtre Point d’Orgue présente en co-diffusion avec le Théâtre Prospero, Ombre Eurydice Parle d’Elfriede Jelinek. Du théâtre sulfureux et féministe.

Du mythe à la réalité

Dans la mythologie grecque, Eurydice, tout juste mariée à Orphée, meurt après avoir été mordue par un serpent.

Son époux, muni de sa lyre, tente de la ramener dans le monde des vivants. La seule condition  qui lui est imposée : ne jamais se retourner pour regarder Eurydice sur le chemin du retour.

Orphée succombera et la pauvre restera prisonnière des Enfers, muette à tout jamais.

Avec Ombre Eurydice parle, l’auteure autrichienne Elfriede Jelinek, récipiendaire du prix Nobel de littérature en 2004, fait une relecture très libre et résolument moderne du mythe d’Orphée.

Elle donne la parole à Eurydice qui, dans une langue à la fois poétique et brutale, dénonce l’asservissement des femmes au culte de la beauté et de la séduction.

L’ombre et la lumière

 

Dans la pièce de Jelinek, Eurydice est une femme auteure (Macha Grenon), recluse dans de sombres coulisses, qui tente par ses écrits de s’affranchir d’Orphée, un chanteur rock (Pierre Kwenders) adulé par ses jeunes fans hystériques.

Les mots d’Eurydice sont incarnés par deux autres femmes.

La première, sa jeune alter ego (Stéphanie Cardi), entourée de valises qui rêve de fuir.

La seconde, son ombre vieillissante (Louise Bédard), qui danse la libération tant souhaitée.

Dans les ténèbres, Eurydice souffre et crie son désespoir. Elle est prisonnière de sa propre image, jeune et belle, qu’on lui impose et est étouffée par la popularité démesurée d’Orphée.

Orphée, quant à lui, s’apprête à monter sur scène, sous les feux de la rampe. Les jeunes filles le réclament. Elles hurlent leur désir de voir leur star incandescente.

Ombre Eurydice parle, spectacle multidisciplinaire

Théâtre, danse, chant ; la grande scène du Prospero est sollicitée de toutes parts.

L’ingénieux dispositif scénique permet aux artistes de livrer leur prestation avec aisance tout en délimitant clairement les univers évoqués.

Ainsi, Orphée, tel une rock star, interprète avec sensualité des airs de Prince et d’Arcade Fire, dans l’embrasure d’une porte lumineuse qui surplombe avec éloquence les enfers où Eurydice est confinée.

Les éclairages viennent magnifier le tout. Tantôt avec des jets crus et puissants qui ponctuent la violence du texte et des mouvements. Tantôt avec des lumières subtiles qui définissent les contours sombres de l’âme d’Eurydice.

Les quatre interprètes se complètent harmonieusement dans cette prestation originale qui souligne, entre autres, un retour sur les planches réussi pour Macha Grenon.

Ombre Eurydice parle est à l’affiche du Théâtre Prospero jusqu’au au 27 avril.

Texte : Elfriede Jelinek

Mise en scène : Louis-Karl Tremblay

Distribution : Louise Bédard, Stéphanie Cardi, Macha Grenon, Pierre Kwenders

Crédit photos: Julie Artacho

Texte: Dominique Denis