Jusqu’où est-on prêt à aller pour le plaisir? C’est à cette question que répond Quartett, une réécriture du classique “Les Liaisons dangereuses” de Choderlos de Laclos par le dramaturge allemand Heiner Müller. La mise en scène signée Solène Paré est présentement à l’affiche du théâtre Espace Go.

Quartett – Une version futuriste des Liaisons dangereuses

Contrairement à ce que le titre de la pièce laisserait présager, cette version contemporaine, voire futuriste, des Liaisons dangereuses ne met en scène que ses deux personnages principaux, soit la marquise de Merteuil et le vicomte de Valmont.

Pourquoi Quartett alors? C’est que, dans un jeu empreint d’une violence inouïe, ils s’échangent les rôles.

Ils passent de bourreaux à victimes et vont même jusqu’à s’interpréter l’un et l’autre.

Ainsi, dans le sadisme qui les caractérise, la marquise et le vicomte prennent un plaisir malsain à rejouer ensemble les abus sexuels qu’ils ont commis.

Leur vie en revue

Les deux anciens amants passent leur vie en revue, faisant revivre leurs victimes les plus illustres.

Ils jouissent d’avoir corrompu la virginale Cécile de Volanges, à peine sortie du couvent et prennent un cruel plaisir à se remémorer la chute de la Présidente de Tourvel, l’épouse fidèle qui a cédé aux avances de Valmont.

Un défi relevé par les comédiens

C’est donc tout un défi pour les comédiens qui doivent gérer cette mise en abyme du personnage qui en interprète un autre.

Ève Pressault et Adrien Bletton le relèvent haut la main, passant aisément de la cruauté à la vulnérabilité.

De plus, leurs mouvements fluides apportent du naturel aux chorégraphies imposées par les affrontements physiques entre Merteuil et Valmont.

Une scénographie qui évoque la dualité

Puis, la scénographie d’Elen Ewing illustre parfaitement ce huis clos à cheval entre la vie et la mort qu’est Quartett.

D’abord les murs noirs et blancs évoquent cette dualité.

Puis, la trappe aménagée dans le plancher sert en quelque sorte de passage entre les deux mondes.

Au fond de celle-ci, une caméra capte les faits et gestes des protagonistes et les retransmet déformés sur un rideau de tulle accroché devant la scène, leur donnant ainsi des allures de fantômes.

L’idée de placer un écran pour instaurer une distance avec le public et créer une intimité pour les personnages est pertinente.

Ainsi, les spectateurs se retrouvent dans une position de voyeurs.

Toutefois, on finit par se lasser de cette séparation et espérer que ce voile se lève pour nous donner un accès plus direct au jeu des comédiens.

Quartett, coproduction d’Espace Go et de Fantôme, compagnie de création, est présentée jusqu’au au 6 avril.

Crédit photos: Yanick MacDonald

Texte: Nancie Boulay