Présentée pour la première fois au Festival TransAmériques en 2019, SOIFS MATÉRIAUX est de retour sur les planches. Cette fois-ci, la pièce tient l’affiche du Centre du Théâtre d’Aujourd’hui jusqu’au 16 février. Durant près de quatre heures le spectateur est immergé dans l’univers de l’auteure Marie-Claire Blais. Une saga formidable remarquablement mise en scène et jouée par des acteurs chevronnés.

Cycle romanesque de Soifs

Dès 1995, Marie-Claire Blais se consacre à un important cycle de dix romans dont le premier s’intitule Soifs. Elle terminera sa saga de près de 3000 pages en 2018.

C’est à partir du premier volume, en y intégrant quelques extraits de quatre autres romans du même cycle, que Stéphanie Jasmin et Denis Marleau ont décidé de mettre en scène une œuvre théâtrale hors du commun.

SOIFS MATÉRIAUX, une fresque humaine

La pièce se déroule dans une île du Sud, peut-être à Key West, lieu où vit Marie-Claire Blais depuis plusieurs années.

Mélanie et Daniel organisent une fête dans leur jardin pour souligner la naissance de leur petit dernier Vincent.

Autour de ce couple gravitent de nombreux personnages, plus d’une quinzaine, de différents milieux sociaux.

Ceux-ci se remémorent leurs tourments, leurs peines ou s’interrogent sur leur avenir face à la violence, au racisme, au péril climatique, à la vieillesse, au naufrage des migrants, aux enfants-soldats, etc.

Ensemble, ils brodent une fresque humaine qui relie leurs états d’âme à notre actualité et à notre histoire, telle que la tapisserie de Bayeux.

Mise en scène époustouflante

Les deux metteurs en scène ont su adapter au théâtre de façon efficace et originale l’écriture de Marie-Claire Blais sans la modifier de sa forme initiale.

Coup de chapeau, car « le texte du premier opus compte au total 65 points finaux sur 316 pages et sans paragraphe », explique Denis Marleau.

Par des narrations et monologues intérieurs, les comédiens, de grands talents, dont la plupart sont vêtus de blanc, évoluent sur une scène à deux niveaux, comme c’est le cas pour leur langage. Ils passent du « je » au « il » pour parler d’eux-mêmes.

La formule, selon laquelle les acteurs se collent à la structure et au format de l’écriture de l’auteure en déclamant le texte comme une enfilade, peut paraître exigeant pour le public au début.

Pas du tout, puisque par le truchement de projections sur écran géant, le spectateur voit les comédiens de près comme si on entrait dans leur tête. Renforçant ainsi toute l’humanité du texte.

La scène du jeune raciste extrémiste qui tue les fidèles noirs dans une église à Charleston aux États-Unis (fusillade en 2015) est d’un réalisme frappant.

Affublé d’un cellulaire et d’un appareil pour prendre un selfie de loin, le jeune suprématiste blanc nous parle de son geste irréparable qu’il commettra.

Sur écran, on voit ses yeux hagards. C’est une séquence poignante qui reste gravée dans nos mémoires.

SOIFS MATÉRIAUX, production de la compagnie UBU, vaut le déplacement, malgré quelques longueurs.

À l’affiche du Centre du Théâtre d’Aujourd’hui jusqu’au 16 février.

Avec: Florence Blain Mbaye, Jean-François Blanchard, Anne-Marie Cadieux, Sophie Cadieux, Lyndz Dantiste, Sébastien Dodge, Alice Dorval, Lucien Gittes, Fayolle Jean, Fayolle Jean Jr., Yousef Kadoura, Luca Lebrun, Stephie Mazunya, Antoine Nicolas, Christiane Pasquier, Mina Petrous, Marcel Pomerlo, Dominique Quesnel, Mattis Savard-Verhoeven, Emmanuel Schwart, Monique Spaziani

Crédit photos: Yanick Macdonald

Texte: Micheline Rouette