Le Théâtre de l’Opsis clos son cycle scandinave de façon fort intéressante en donnant la parole aux femmes. Neuf d’entre elles ont été sollicitées pour répliquer aux propos d’August Strindberg, illustre auteur et dramaturge reconnu pour sa misogynie.

Qui est Strindberg?

Antiféministe notoire, Strindberg s’opposait avec fureur à la cause des femmes.

Sa correspondance permet de suivre pas à pas l’évolution du rapport malsain qu’il entretenait avec « la femme ».

Ses trois mariages avec la femme de lettres Frida Uhl et les comédiennes Siri von Essen et Harriet Bosse servent de toile de fond pour brosser de lui le portrait d’un être tourmenté, à un doigt de sombrer dans la folie.

Strindberg à la fin de sa vie

La pièce se déroule en 1912 alors que Strindberg, qui sent sa mort approcher, revit des moments de son existence.

Tour à tour, ses ex-femmes viennent en quelque sorte le hanter pour lui livrer leur vision du temps qu’elles ont passé en sa compagnie.

Réponses à l’artiste suédois

Pour créer la trame, la metteure en scène Luce Pelletier s’est replongée dans la correspondance de l’artiste suédois.

Elle en a extrait tout un éventail de lettres qu’elle a soumises à neufs auteures en leur donnant pour mandat d’y répondre en se mettant dans la peau des anciennes épouses de Strindberg.

Le tout a donné naissance à toute une variété de textes dont le fond et la forme sont teintés des couleurs de celles qui les ont écrits.

Ceci cause des variantes dans l’interprétation et dans les niveaux de langage (on alterne entre le français international, une façon de parler plus neutre et un fort accent québécois).

Ces changements de ton représentent un réel défi pour les comédiennes.

Un jeu efficace

Isabelle Blais (Siri), Marie-Pier Labrecque (Frida) et Lauriane S. Thibodeau (Harriet) s’acquittent brillamment de cette tâche.

Toutes trois sont convaincantes dans leur rôle et naviguent aisément dans les nuances imposées par les différentes plumes.

Toutefois, c’est Jean-François Casabonne qui vole carrément le spectacle.

Ce grand comédien s’efface totalement pour laisser toute la place à son personnage.

Sa gestuelle et sa façon de déclamer son texte dépeint totalement l’être paranoïaque qu’était Strindberg, dont la santé mentale ne tenait qu’à un fil.

Strindberg, production du Théâtre de l’Opsis, est à l’affiche de Espace Go jusqu’au 12 mai.

Textes : Anaïs Barbeau-Lavalette, Rachel Graton, Véronique Grenier, Emmanuelle Jimenez, Suzanne Lebeau, Catherine Léger, Marie-Louise B. Mumbu, Anne-Marie Olivier, August Strindberg, Jennifer Tremblay

Mise en scène : Luce Pelletier

Interprétation : Christophe Baril, Isabelle Blais, Jean-François Casabonne, Marie-Pier Labrecque, Lauriane S. Thibodeau

Crédit photos: Olivier Hardy

Texte: Nancie Boulay