Pour le 65e anniversaire du TNM, Denis Marleau et Stéphanie Jasmin nous offrent, en ouverture de la saison, un super beau cadeau : une version brillamment revisitée de Tartuffe, de Molière. Avec habileté, ils transportent les personnages de ce grand classique de la littérature française, en 1969 au Québec, aux heures de Woodstock et du premier pas sur la lune. Un bond de trois siècles franchi avec intelligence !

 L’histoire se résume en quelques mots : fourberie, aveuglement et naïveté sans borne. Depuis qu’Orgon a rencontré Tartuffe, sa piété tranquille est devenue fanatisme. Il succombe ainsi à l’emprise de son coach de vie et se laisse berner par celui-ci, au point de lui faire don de tous ses biens et vouloir le marier à sa propre fille. Mais jusqu’où devra aller Elmire, son épouse, pour lui ouvrir les yeux? Malgré ses 300 ans, ce grand classique résonne encore aujourd’hui par son propos.

Mais pourquoi la pièce se déroule-t-elle en 1969 chez-nous? C’est astucieux de la part des deux créateurs qui ont voulu intégrer Tartuffe et les personnages qui l’entourent à un pan de notre histoire, la Révolution tranquille où le Québec se transforme littéralement.

Ils font un parallèle avec le changement abrupt des valeurs religieuses, la révolution sexuelle, les conflits intergénérationnelles qu’a connu le Québec, à l’image de l’époque où la pièce Tartuffe a été présentée pour la première fois.

À la fin de la première partie, une scène surprenante aborde la modernisation de l’Église qui a adopté dans les années 60, la « messe à gogo ». À cet égard, une belle surprise attend les spectateurs et c’est réussi !

On sent que les comédiens sont bien dirigés. Ils ne jouent que le texte, strictement le texte, avec beaucoup d’imagination dans les gestes, les mouvements, les réactions. Tout est juste et pertinent.

Chaque mot correspond à une action et chaque action est naturelle. Quelques minutes suffises pour oublier la formulation des répliques en vers et rimes pourtant suivis avec rigueur, me semble-t-il. Le texte est habité et tout arrive à point nommé !

Tartuffe dans les années 60

Dans un décor s’apparentant à Habitat 67 et avec des costumes rappelant les années 60, tous les comédiens portent bien la pièce.

Il faut toutefois souligner la performance saisissante d’Emmanuel Schwartz (Tartuffe), Benoît Brière (Orgon), Anne-Marie Cadieux (Elmire, épouse d’Orgon), Violaine Chauveau (Dorine) et la grande comédienne Monique Miller (mère d’Orgon). Sans contredit, on peut affirmer que le choix des interprètes est excellent.

Tartuffe, mis en scène par les codirecteurs de la compagnie UBU, est à l’affiche au TNM, jusqu’au 22 octobre. Par la suite, la pièce partira en tournée, du 8 novembre au 6 décembre.

Que vous soyez à Montréal, à Trois-Rivières, à Gatineau ou dans une autre grande ville du Québec, des heures de plaisir vous attendent !