Qu’on soit en 1955, année de sortie de la pièce Vu du pont, ou en 2017, le sujet de l’immigration clandestine demeure toujours d’actualité. Dans le cas de l’œuvre d’Arthur Miller, il s’agit d’une famille italienne de Brooklyn qui accueille des cousins qui viennent d’arriver illégalement au pays. Ces clandestins dérangent et font surgir des sentiments ambigus et déchirants. Tout s’écroule!

Eddie (François Papineau) est docker au port Red Hock, à  l’ombre du pont de Brooklyn. Il a fait la promesse d’élever Catherine (Mylène St-Sauveur), la nièce de sa femme Béatrice (Maude Guérin), et de lui donner un bel avenir.

Voilà  des années que cet homme de parole se saigne à  blanc pour tenir sa promesse en veillant sur elle, peut-être un peu trop jalousement.  Le temps passe vite pour Eddie et sa protégée est devenue une adulte.

Un drame se déclenche

Le drame s’ouvre sur la soirée fatidique où Katie apprend à Eddie qu’elle désire profiter d’une occasion magnifique pour commencer à  gagner sa vie, grâce aux études qu’il lui a payées. Son salaire de petite sténodactylo débutante sera supérieur à  celui du docker.

Le même soir, il accueille chez lui deux immigrés clandestins, Marco le réservé (Maxime Le Flaguais) et son frère Rodolfo le joyeux luron (Frédérick Tremblay). Des cousins de sa femme à  qui il offre un gîte par solidarité familiale…

Dès lors, tous les éléments du drame sont en place. Son cruel déroulement nous est rapporté par Alfieri (Paul Doucet), acteur témoin.

La fougueuse interprétation de François Papineau

Avec une mise en scène classique de Lorraine Pintal, l’interprétation de François Papineau se démarque par la fougue que le comédien utilise pour camper le bouillant personnage d’Eddie Carbone, cet homme au caractère impétueux et dont «les yeux sont comme des tunnels». Sa forte présence sur scène et sa gestuelle vive nous montrent encore une fois la diversité de son registre d’acteur. La pièce repose presque essentiellement sur ses épaules.

Vu du pont est une tragédie d’hommes et de femmes ordinaires plongés dans un conflit entre loi et justice, ou entre réalité et désir; une version moderne du rêve américain.

Vu du pont est à  l’affiche au TNM jusqu’au 9 décembre.

Crédit-photos: Yves Renaud